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Pourquoi le tricycle électrique Sinclair C5 a-t-il coulé son inventeur en huit mois ?

Présenté par l’inventeur britannique Clive Sinclair comme l’avenir du transport urbain, le tricycle électrique C5 place son conducteur à hauteur de pare-chocs des camions, sans protection contre la pluie et avec une autonomie bien inférieure à celle promise. La production cesse après huit mois.

Pièce n°057Par Anthony R. · Publié le 13 juillet 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fort du succès de ses ordinateurs personnels bon marché dans les années précédentes, l’entrepreneur britannique Clive Sinclair cherche à reproduire cette réussite sur le marché des véhicules électriques individuels. Conçu avec l’aide du bureau d’études automobile Lotus, le Sinclair C5 se présente comme un tricycle électrique bas et profilé, dépourvu de carrosserie fermée, dans lequel le conducteur s’installe en position semi-allongée, propulsé par un moteur électrique de 250 watts pour un poids total d’environ 45 kilogrammes avec sa batterie.

La décision

Sinclair mise sur un lancement médiatique très visible, organisé le 10 janvier 1985 sur la pente enneigée du parc londonien d’Alexandra Palace — un choix de lieu et de saison qui expose d’emblée aux journalistes présents les limites du véhicule sur un revêtement glissant, ainsi que l’absence totale de protection contre les intempéries pour son conducteur, à découvert dans un habitacle ouvert.

La chute

Le C5 déçoit rapidement sur plusieurs plans essentiels : son autonomie réelle, comprise entre 8 et 16 kilomètres selon les conditions, se révèle très inférieure aux 32 kilomètres initialement annoncés, tandis que la position extrêmement basse du conducteur, à hauteur des pare-chocs des véhicules environnants, soulève d’importantes inquiétudes de sécurité routière relayées par la presse et les associations de consommateurs britanniques. Le moteur électrique, insuffisamment puissant pour grimper les pentes les plus raides, contraint même parfois le conducteur à pédaler manuellement pour franchir certaines côtes, un détail qui alimente à lui seul une bonne partie des moqueries entourant le véhicule dès son lancement. Sur les 14 000 exemplaires assemblés d’ici août 1985, seuls 5 000 environ trouvent preneur avant l’effondrement commercial du projet ; la production, déjà réduite de 90 % dans les tout premiers mois suivant le lancement, cesse totalement en août de la même année.

Les conséquences

La société Sinclair Vehicles, chargée de la fabrication et de la commercialisation du C5, est placée sous administration judiciaire dès octobre 1985, avec environ 7,75 millions de livres sterling de dettes envers ses créanciers, à peine huit mois après le lancement en grande pompe du véhicule. L’échec, largement commenté par la presse économique britannique de l’époque, ternit durablement la réputation de Clive Sinclair, jusque-là considéré comme l’un des entrepreneurs technologiques les plus brillants du pays — une réputation d’autant plus écornée que Sinclair avait initialement espéré vendre environ 100 000 exemplaires dès la première année, un objectif finalement atteint à moins de 5 %. Cet échec, combiné à un marché de l’informatique personnelle déjà en perte de vitesse pour ses autres activités, contraint Sinclair à céder l’essentiel de sa société Sinclair Research au fabricant Amstrad pour 5 millions de livres sterling en avril 1986.

Sinclair Vehicles avait par ailleurs déjà planifié des modèles successeurs plus ambitieux, dont un C15 à quatre places capable d’atteindre 130 kilomètres à l’heure, des projets abandonnés sans jamais avoir atteint le moindre stade de production en raison de l’effondrement financier précipité et définitif de l’entreprise dans son ensemble.

Et depuis ?

Le Sinclair C5 connaît, paradoxalement, une seconde vie posthume sous la forme d’un objet de collection recherché, certains exemplaires d’origine s’échangeant aujourd’hui à plus de 5 000 livres sterling auprès de collectionneurs passionnés, tandis que des amateurs bricoleurs modifient parfois leurs propres exemplaires pour atteindre, en usage privé sur circuit fermé, des vitesses dépassant les 150 kilomètres à l’heure — un contraste frappant avec les 24 kilomètres à l’heure de vitesse maximale autorisée à l’origine. L’épisode reste depuis cité au Royaume-Uni comme l’un des exemples les plus marquants d’un produit visionnaire sur le papier mais totalement inadapté aux conditions réelles d’usage auxquelles il était pourtant destiné.

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Sources

  1. Sinclair C5 — Wikipedia
  2. Clive Sinclair — Wikipedia
  3. Sinclair Vehicles — Wikipedia