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Pourquoi l’URSS a-t-elle gardé secrète pendant vingt ans la plus grande explosion non nucléaire de l’histoire ?

Pour rivaliser avec le programme Apollo, l’URSS développe en secret la fusée géante N1, dotée de trente moteurs jamais testés ensemble au sol. Les quatre lancements, entre 1969 et 1972, échouent tous, dont un qui provoque l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire.

Pièce n°316Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Au milieu des années 1960, l’Union soviétique engage en grand secret le développement de la fusée N1, sa réponse au programme Apollo américain dans la course à l’envoi d’un équipage sur la Lune. Conçue sous la direction de l’ingénieur en chef Sergueï Korolev jusqu’à sa mort en 1966, puis poursuivie par son successeur Vassili Michine, la fusée doit atteindre 105 mètres de hauteur pour un poids au décollage proche de 2 700 tonnes, largement comparable en taille à la Saturn V américaine qui propulsera finalement les missions Apollo.

La décision

Faute de disposer d’un moteur suffisamment puissant à elle seule, l’équipe soviétique choisit d’équiper le premier étage de la fusée de trente moteurs NK-15 plus modestes, disposés en cercle et devant fonctionner en parfaite synchronisation sous la supervision d’un système de contrôle automatisé baptisé KORD, chargé de détecter toute anomalie et de couper individuellement chaque moteur défaillant en vol. Faute d’installations d’essai adaptées à une poussée d’une telle ampleur, jamais un test au sol grandeur réelle de l’ensemble des trente moteurs assemblés n’est réalisé avant le premier lancement, un choix radicalement différent de l’approche retenue par la NASA pour les étages de sa propre fusée lunaire.

La chute

Les quatre tentatives de lancement de la N1, échelonnées entre février 1969 et novembre 1972, se soldent chacune par un échec complet. Le 3 juillet 1969, à peine deux semaines avant l’alunissage triomphal d’Apollo 11, la deuxième fusée N1 explose sur son pas de tir de Baïkonour après seulement quelques secondes de vol et une ascension d’à peine 200 mètres, libérant une énergie estimée à environ sept kilotonnes et provoquant ce qui reste aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes explosions d’origine non nucléaire jamais enregistrées, détruisant intégralement les installations du pas de tir concerné. Le troisième lancement, le 27 juin 1971, se déroule mieux dans un premier temps avant que d’importants problèmes de stabilisation en roulis n’endommagent le second étage, poussant le système KORD à couper l’ensemble des trente moteurs du premier étage cinquante et une secondes après le décollage et provoquant la désintégration de l’engin en plein vol. Le quatrième et dernier lancement, le 23 novembre 1972, constitue la tentative la plus aboutie, la fusée franchissant sans encombre les 77 premières secondes de vol avant qu’une violente vibration ne rompe les conduites de carburant du premier étage à 40 kilomètres d’altitude, entraînant une explosion fatale quelques secondes seulement avant la séparation prévue de cet étage.

Les conséquences

Après quatre échecs consécutifs et l’alunissage réussi de plusieurs missions américaines Apollo, les autorités soviétiques mettent fin de facto au programme N1 dès 1974, avant son annulation officielle définitive en 1976, sans qu’aucun exemplaire n’ait jamais atteint l’orbite terrestre avec succès. Conformément à la culture du secret entourant l’ensemble du programme spatial militaire soviétique, l’existence même de la fusée N1 et de ses échecs répétés n’est révélée au public occidental qu’en 1989, soit vingt ans après l’explosion du 3 juillet 1969, à la faveur des débuts de la politique de transparence engagée sous Mikhaïl Gorbatchev.

Et depuis ?

L’échec du programme N1 marque durablement la fin des ambitions soviétiques d’envoyer un équipage humain sur la Lune, l’URSS réorientant dès lors sa stratégie spatiale vers le développement de stations orbitales comme Saliout puis Mir, un domaine dans lequel elle conservera une avance technologique durable sur les États-Unis. Plusieurs exemplaires du moteur NK-15, considérablement révisés sous la référence NK-33, connaissent une seconde vie inattendue des décennies plus tard, rachetés par des entreprises américaines pour équiper certains lanceurs commerciaux, preuve que la conception moteur elle-même n’était pas en cause dans l’échec du programme, contrairement à l’absence de tests intégrés au sol qui a coûté à l’URSS toute chance réaliste de devancer les États-Unis sur la Lune.

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Sources

  1. N1 (rocket) — Wikipedia
  2. N1: The Rocket That Failed To Put Soviets On The Moon — Amusing Planet
  3. New Secrets of Huge Soviet Moon Rocket Revealed — Space.com
  4. This Insane Rocket Is Why The Soviet Union Never Made It To The Moon — Jalopnik
  5. N1 — Encyclopedia Astronautica