Comment un simple test au sol a-t-il coûté la vie aux trois premiers astronautes du programme Apollo ?
Le 27 janvier 1967, un incendie se déclare dans la capsule Apollo 1 lors d’un simple test au sol sur son pas de tir, tuant en quelques secondes les trois astronautes à bord. L’enquête révèle qu’une atmosphère d’oxygène pur, des matériaux inflammables et une trappe s’ouvrant vers l’intérieur ont transformé une étincelle électrique en piège mortel.
Le contexte
Le 27 janvier 1967, l’équipage désigné pour la première mission habitée du programme Apollo, composé du vétéran de l’espace Virgil « Gus » Grissom, d’Ed White, premier Américain à avoir marché dans l’espace, et du pilote Roger Chaffee, prend place à bord de leur capsule pour un simple test de compte à rebours au sol, sur leur pas de tir du complexe de lancement 34 à Cap Canaveral, sans carburant chargé dans la fusée et jugé peu risqué par les équipes au sol.
La décision
Conformément aux pratiques établies du programme spatial américain, la cabine de la capsule est pressurisée à l’oxygène pur, à une pression légèrement supérieure à la pression atmosphérique normale, soit une concentration en oxygène plus de cinq fois supérieure à celle de l’air ambiant, rendant tout matériau présent dans la cabine extrêmement inflammable. La cabine contient par ailleurs environ trois mètres carrés de bande Velcro et un filet en nylon, deux matériaux hautement combustibles dans une telle atmosphère, tandis que la trappe d’accès, un système à double battant conçu pour s’ouvrir vers l’intérieur, nécessite d’abord d’évacuer la surpression interne de la cabine avant de pouvoir être manœuvrée.
La chute
Un arc électrique se déclare probablement près de l’unité de contrôle environnemental, dans la partie inférieure gauche de la cabine, où un câble en cuivre argenté avait perdu son isolant en Téflon à force d’ouvertures répétées d’une trappe voisine, à proximité d’une conduite de refroidissement sujette aux fuites. Dans l’atmosphère d’oxygène pur, le feu se propage en quelques secondes à peine, faisant grimper la pression interne de la cabine jusqu’à environ deux fois la pression atmosphérique normale, bien au-delà de ce que le système de ventilation d’urgence peut évacuer. Ed White tente d’ouvrir la trappe mais ne parvient pas à vaincre la surpression qui la maintient bloquée ; les trois astronautes meurent en quelques secondes, avant même que les équipes au sol, dépourvues d’équipement de secours et de lutte contre l’incendie adapté à ce type de scénario de test, ne puissent intervenir.
Les conséquences
La commission d’enquête de la NASA identifie cinq facteurs ayant conjointement causé la catastrophe : la source d’inflammation électrique elle-même, l’atmosphère d’oxygène pur, la présence de matériaux combustibles en cabine, une trappe inadaptée à une évacuation d’urgence rapide, et une préparation insuffisante des équipes au sol face à ce risque. Les vols habités du programme Apollo sont suspendus pendant vingt mois, le temps de repenser en profondeur la conception du vaisseau.
Et depuis ?
Les capsules de la génération suivante, dites de « Bloc II », adoptent une atmosphère mixte d’oxygène et d’azote au niveau de la mer pour le décollage, purgée progressivement vers de l’oxygène pur une fois en orbite, une nouvelle trappe s’ouvrant vers l’extérieur en moins de cinq secondes grâce à des cartouches d’azote pressurisé, des combinaisons spatiales ininflammables et un câblage protégé et isolé. Ces changements de conception, directement issus des leçons tirées de la tragédie d’Apollo 1, restent considérés comme ayant transformé la sécurité des vaisseaux spatiaux américains et contribué de manière déterminante au succès ultérieur des missions lunaires du programme Apollo.
La NASA devra pourtant réapprendre cette leçon à deux reprises : les explosions de Challenger en 1986 et de Columbia en 2003 partagent avec Apollo 1 le même schéma, des signaux d’alerte connus mais minimisés avant le lancement.
Sources
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