Comment une expédition arrivée au pôle Sud avec un mois de retard a-t-elle pu coûter la vie à ses cinq membres ?
Le 17 janvier 1912, Robert Falcon Scott atteint le pôle Sud avec quatre compagnons pour y découvrir la tente laissée par le Norvégien Roald Amundsen, arrivé trente-quatre jours plus tôt. Épuisés, affamés et frappés par un froid extrême, les cinq membres de l’expédition périssent tous durant le voyage de retour, les trois derniers mourant de faim et de froid sous leur tente à seulement dix-huit kilomètres d’un dépôt de ravitaillement.
Le contexte
Lorsque son expédition britannique Terra Nova fait escale à Melbourne en 1910, Robert Falcon Scott reçoit un télégramme laconique l’informant que le Norvégien Roald Amundsen a lui aussi mis le cap vers l’Antarctique. Scott affirme publiquement ne pas vouloir sacrifier ses objectifs scientifiques pour gagner cette course improvisée, tout en reconnaissant en privé qu’Amundsen dispose d’une « chance sérieuse de réussir » à le devancer vers le pôle Sud.
La décision
Scott organise sa progression finale vers le pôle avec une équipe de cinq hommes, s’appuyant sur des poneys de Mandchourie puis sur la seule traction humaine des traîneaux une fois ces animaux épuisés, contrairement à Amundsen, qui mise entièrement sur des attelages de chiens bien plus adaptés aux conditions polaires et nettement plus rapides, une technique de survie polaire acquise plusieurs années auparavant auprès des Inuits Netsilik lors de sa traversée pionnière du passage du Nord-Ouest à bord du Gjøa. Cette différence de stratégie logistique s’avère décisive dans l’issue de la course qui s’engage entre les deux expéditions rivales.
La chute
Le 17 janvier 1912, Scott et ses quatre compagnons, Edward Wilson, Lawrence Oates, Henry Bowers et Edgar Evans, atteignent enfin le pôle Sud, pour y découvrir la tente laissée par Amundsen, arrivé trente-quatre jours plus tôt, le 14 décembre 1911, accompagnée d’une lettre priant poliment Scott de la transmettre au roi de Norvège Haakon VII. Scott note dans son journal : « Le pôle. Oui, mais dans des circonstances bien différentes de celles espérées… Grand Dieu, quel endroit affreux. » Le voyage de retour tourne rapidement à la catastrophe : Edgar Evans, victime de gelures sévères et peut-être d’un traumatisme crânien après plusieurs chutes, s’effondre et meurt le 17 février 1912. Lawrence Oates, dont les pieds gravement gelés ralentissent la progression du groupe et épuisent ses maigres réserves, sacrifie sa propre vie le 16 mars 1912 en sortant délibérément affronter le blizzard, prononçant selon Scott ces derniers mots restés célèbres : « Je sors, je risque d’être absent un moment. »
Les conséquences
Scott, Wilson et Bowers poursuivent tant bien que mal leur route avant d’être définitivement bloqués par une tempête de neige le 20 mars, à seulement dix-huit kilomètres du dépôt de ravitaillement dit « One Ton », par des températures nocturnes chutant jusqu’à moins quarante-quatre degrés Celsius. La dernière entrée du journal de Scott, datée du 29 mars 1912, se conclut ainsi : « Il semble dommage, mais je ne pense pas pouvoir écrire davantage. R. Scott. Dernière entrée. Pour l’amour de Dieu, prenez soin des nôtres. » Les trois hommes meurent de faim et de froid sous leur tente.
Et depuis ?
Une équipe de secours découvre le 12 novembre 1912, soit huit mois après leur mort, la tente contenant les corps de Scott, Wilson et Bowers, ainsi que les précieux journaux de bord relatant l’intégralité du drame. Un cairn surmonté d’une croix confectionnée à partir de skis est érigé sur leur sépulture improvisée, tandis que le corps d’Oates, jamais retrouvé, ne laisse derrière lui que son sac de couchage abandonné dans la neige. Dans ses derniers écrits, Scott attribue lui-même le désastre à la conjonction de plusieurs facteurs, dont la perte prématurée des poneys, des conditions météorologiques exceptionnellement rudes, des pénuries de combustible dans certains dépôts et l’absence des attelages de chiens censés venir à leur rencontre selon le plan initial, faisant de cette expédition l’un des exemples les plus poignants de l’histoire de l’exploration polaire. Amundsen, de son côté, effectue un retour comparativement sans le moindre incident notable, rejoignant sa base de Framheim dès le 25 janvier 1912, un contraste saisissant qui souligne, avec le recul, combien les choix logistiques initiaux des deux expéditions rivales ont pesé lourd dans leur issue respective.
Sources
- Terra Nova Expedition — Wikipedia
- Roald Amundsen — Wikipedia
- Robert Falcon Scott — Wikipedia
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