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Comment un escroc a-t-il fait miroiter une énergie miraculeuse à des investisseurs pendant vingt-six ans ?

Dès 1872, John Ernst Worrell Keely lève cinq millions de dollars à Philadelphie en affirmant avoir découvert une force mystérieuse capable de décomposer l’eau pour produire une énergie quasi illimitée. Vingt-six ans plus tard, la découverte de tuyaux et d’une sphère d’air comprimé de trois tonnes cachés sous son atelier révèle une fraude minutieusement dissimulée depuis le début.

Pièce n°352Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Ancien musicien de théâtre, peintre en bâtiment, charpentier, bonimenteur de foire puis mécanicien, John Ernst Worrell Keely se réinvente à Philadelphie au début des années 1870 en inventeur visionnaire, affirmant avoir découvert une force motrice révolutionnaire fondée sur ce qu’il appelle la « sympathie vibratoire », capable selon lui de libérer une énergie quasiment illimitée en décomposant simplement des molécules d’eau par vibration. Quelques mois à peine après sa première démonstration publique, la Keely Motor Company est fondée à New York en 1872 avec un capital initial de cinq millions de dollars, une somme considérable pour l’époque.

La décision

Keely multiplie les démonstrations spectaculaires pour entretenir la confiance de ses investisseurs : en 1874, il affirme obtenir une pression de 10 000 livres par pouce carré en soufflant simplement dans un tube après y avoir versé quelques litres d’eau, convainquant des investisseurs d’acquérir sur le champ les droits d’exploitation pour six États américains contre 50 000 dollars en liquide. En 1884, il fait tirer un petit canon prétendument alimenté par sa force mystérieuse devant des témoins au fort de Sandy Hook, capable de percer des planches de bois, mais un lieutenant du génie militaire familier des canons à air comprimé reste immédiatement sceptique quant à l’origine réelle de cette puissance de tir. La riche veuve philadelphienne Clara Jessup Bloomfield Moore devient dès 1881 sa principale mécène, lui versant 100 000 dollars puis un salaire mensuel régulier, tandis que le magnat John Jacob Astor IV investit lui-même dans le projet dès 1895.

La chute

Poursuivi à plusieurs reprises en justice par des actionnaires exigeant qu’il révèle enfin les principes scientifiques de son invention, Keely esquive systématiquement ces demandes en prétextant que la mise au point du dispositif reste inachevée, allant même jusqu’à passer une nuit en prison pour outrage à la cour en novembre 1888, avant que la Cour suprême de Pennsylvanie n’annule cette décision dès janvier 1889. Lors d’une démonstration organisée en juin 1885 devant une vingtaine de témoins, un journaliste sceptique demande à voir le moteur fonctionner en continu : l’appareil ne tient alors que quinze minutes avant de s’arrêter, sa puissance déclinant sans discontinuer durant toute la démonstration.

Les conséquences

Keely meurt d’une pneumonie le 18 novembre 1898, mettant fin à vingt-six années de démonstrations et de levées de fonds continues. Une enquête menée par le quotidien Philadelphia Press, publiée le 19 janvier 1899 avec l’aide de professeurs d’université et d’ingénieurs, révèle le pot aux roses : sous le plancher de son atelier et derrière un mur de briques dissimulé, les enquêteurs découvrent un moteur hydraulique silencieux relié par des courroies mécaniques à deux étages de distance, ainsi qu’une sphère d’air comprimé de trois tonnes installée au sous-sol, alimentant l’ensemble de ses appareils de démonstration par un réseau de tubes à haute pression dissimulés jusque dans les murs, les plafonds et jusque dans les poutres apparentes de la structure du bâtiment.

Et depuis ?

Le testament de Keely ne lègue finalement qu’environ 10 000 dollars à sa veuve, laissant penser qu’il n’avait lui-même jamais personnellement détourné l’essentiel des sommes considérables levées auprès de ses investisseurs au fil des décennies, sans que l’on sache précisément où l’argent a réellement été dépensé. La révélation de la supercherie inspire aussitôt les caricaturistes de presse de l’époque, l’un d’eux publiant dès janvier 1899 un dessin satirique intitulé « Keely guéri », tournant en dérision la crédulité prolongée de tant d’investisseurs avisés. L’affaire Keely demeure aujourd’hui l’un des exemples les plus fréquemment cités en histoire des sciences pour illustrer la façon dont la promesse d’une source d’énergie miraculeuse, défiant les lois les plus élémentaires de la physique, peut continuer à attirer des investissements considérables pendant plusieurs décennies dès lors qu’elle s’accompagne de démonstrations suffisamment spectaculaires pour décourager toute vérification technique rigoureuse et indépendante.

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Sources

  1. John Ernst Worrell Keely — Wikipedia
  2. Perpetual motion — Wikipedia
  3. John Jacob Astor IV — Wikipedia
  4. Compressed air energy storage — Wikipedia