lebonflop.fr

Comment un mur de béton fissuré a-t-il transformé une finale de football en tragédie ?

Le 29 mai 1985, une heure avant le coup d’envoi de la finale de Coupe d’Europe entre Liverpool et la Juventus, des supporters anglais chargent une tribune censée être neutre mais en réalité majoritairement italienne. La panique qui en résulte fait s’effondrer un mur de soutènement déjà fragilisé du stade du Heysel, à Bruxelles, tuant 39 personnes. Le match est malgré tout maintenu.

Pièce n°338Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Vieux de cinquante-cinq ans au moment des faits, le stade du Heysel à Bruxelles, choisi pour accueillir la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions 1985 entre Liverpool et la Juventus de Turin, se trouve dans un état de délabrement avancé, ses murs extérieurs en parpaings étant si fragiles que certains supporters parviennent à y creuser des trous à coups de pied. L’inspection menée par l’UEFA avant la rencontre ne dure pourtant qu’une trentaine de minutes à peine. Le bloc Z des tribunes, officiellement présenté comme un secteur neutre, se retrouve en réalité vendu majoritairement à des expatriés italiens résidant en Belgique, une répartition contre laquelle les deux clubs avaient pourtant mis en garde à l’avance, redoutant précisément un mélange dangereux entre les deux groupes de supporters rivaux.

La décision

Vers dix-neuf heures, environ une heure avant le coup d’envoi, des supporters de Liverpool commencent à lancer des projectiles en direction du bloc Z à travers une simple clôture grillagée temporaire séparant les deux tribunes, sous une présence policière jugée largement insuffisante. Lorsque des supporters anglais chargent directement la tribune adverse, la clôture cède aussitôt sous la pression, débordant complètement le service d’ordre présent sur place.

La chute

Pris de panique, les supporters de la Juventus tentent de fuir vers le terrain et les issues de secours, mais se heurtent au refus des autorités de les laisser passer, les repoussant vers un mur de soutènement en béton déjà fragilisé. La pression exercée par la foule compressée contre cette structure finit par en faire céder entièrement la partie basse, provoquant un mouvement de foule mortel. Le bilan s’élève à 39 morts, dont 32 ressortissants italiens, ainsi qu’environ 600 blessés. Malgré l’ampleur de la tragédie, les autorités présentes, dont l’UEFA, les fédérations belge, italienne et anglaise, le ministère belge de l’Intérieur et les autorités municipales bruxelloises, décident conjointement de maintenir la rencontre pour des raisons d’ordre public, un état de siège étant déclaré dans la capitale belge. La Juventus remporte finalement le match 1 à 0 sur un penalty transformé par Michel Platini.

Les conséquences

Sur les 34 personnes arrêtées à la suite de l’enquête menée grâce aux enregistrements vidéo et aux photographies prises sur place, 26 supporters de Liverpool font l’objet d’une procédure d’extradition vers la Belgique, validée par la justice britannique entre février et mars 1987. Leur procès pour homicide involontaire s’ouvre en octobre 1988 et se conclut en avril 1989 par la condamnation de quatorze d’entre eux à trois années de prison, dont la moitié avec sursis, tandis que le chef de la police locale, Johan Mahieu, ainsi que le dirigeant de la fédération belge de football, Albert Roosens, sont également reconnus coupables à des degrés divers. L’UEFA prononce dès le 2 juin 1985 une exclusion illimitée de tous les clubs anglais des compétitions européennes, finalement ramenée à cinq saisons pour l’ensemble des clubs britanniques et à six saisons pour Liverpool en particulier, qui ne retrouve la scène européenne qu’à partir de la saison 1991-1992.

Et depuis ?

Le stade du Heysel continue d’accueillir les matchs de l’équipe nationale belge jusqu’en 1990, avant que l’UEFA n’interdise à la Belgique d’organiser la moindre finale européenne durant au moins dix années supplémentaires. L’enceinte est presque entièrement reconstruite en 1994 et rebaptisée stade Roi-Baudouin, accueillant à nouveau une finale européenne dès 1996. Le drame du Heysel reste depuis l’un des tournants majeurs de l’histoire du football européen, ayant durablement transformé les normes de sécurité et de ségrégation des supporters appliquées dans l’ensemble des stades du continent, quatre ans à peine avant que la catastrophe de Hillsborough, en Angleterre, ne vienne à son tour rappeler combien la sécurité des enceintes sportives européennes restait encore fragile à cette époque.

La plateforme pétrolière Piper Alpha, trois ans plus tard, et le grand magasin Sampoong, une décennie après, montreront que cette même négligence structurelle, une fois les premiers signaux d’alerte ignorés, peut frapper n’importe quel type de structure accueillant du public.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. Heysel Stadium disaster — Wikipedia
  2. UEFA — Wikipedia
  3. King Baudouin Stadium — Wikipedia
  4. Liverpool F.C. — Wikipedia