Comment un grand magasin a-t-il pu s’effondrer en quelques secondes malgré des fissures visibles depuis des mois ?
Le 29 juin 1995, le grand magasin Sampoong s’effondre en quelques secondes à Séoul, tuant 502 personnes. L’enquête révèle que son propriétaire avait fait modifier illégalement la structure du bâtiment pendant sa construction, et que la direction avait refusé d’évacuer les lieux le jour même, malgré des fissures s’élargissant à vue d’œil, par crainte de perdre du chiffre d’affaires.
Le contexte
Construit à Séoul dans le quartier de Seocho, le grand magasin Sampoong ouvre ses portes en 1990. Dès la phase de construction, le président du groupe, Lee Joon, impose une série de modifications non autorisées au projet initial : les colonnes porteuses, censées mesurer 80 centimètres de diamètre, sont réduites à 60 centimètres et leur espacement porté à 11 mètres, tandis que plusieurs colonnes sont directement sectionnées pour installer des escalators. L’entreprise de construction Woosung, chargée initialement du chantier, refuse d’exécuter ces modifications en invoquant de graves préoccupations structurelles et se voit congédiée du projet.
La décision
Un cinquième étage, initialement prévu comme patinoire à roulettes légère, est finalement construit comme un vaste espace de restauration doté d’un lourd système de chauffage, ajoutant une charge considérable à une structure déjà fragilisée par les modifications précédentes. Deux ans avant l’effondrement, trois unités de climatisation sont installées sur le toit en étant traînées plutôt que soulevées par grue, provoquant des fissures visibles dès leur mise en place. Le jour du drame, ces fissures se sont élargies jusqu’à atteindre 10 centimètres ; bien que des ingénieurs alertent la direction sur un risque imminent d’effondrement, celle-ci refuse d’évacuer les lieux, invoquant la crainte d’une perte de chiffre d’affaires.
La chute
Le 29 juin 1995, à 17h52, le bâtiment s’effondre en l’espace de quelques secondes, ensevelissant des centaines de clients et d’employés sous les décombres. L’accident fait 502 morts et 937 blessés, demeurant le plus meurtrier effondrement de bâtiment survenu en temps de paix jusqu’à la catastrophe du Rana Plaza au Bangladesh en 2013. Lee Joon et plusieurs cadres dirigeants de l’entreprise parviennent, eux, à évacuer le bâtiment en toute sécurité avant l’effondrement.
Les conséquences
Lee Joon est condamné à dix ans et demi de prison pour négligence criminelle, une peine réduite à sept ans et demi en appel, tandis que son fils Lee Han-sang, alors directeur général du magasin, écope de sept ans de prison pour corruption et homicide involontaire. Deux urbanistes municipaux sont par ailleurs reconnus coupables d’avoir accepté des pots-de-vin en échange de la validation des modifications structurelles illégales apportées au bâtiment.
Et depuis ?
La catastrophe entraîne une révision complète des normes de sécurité du bâtiment en Corée du Sud et met au jour l’ampleur de la corruption alors répandue entre promoteurs immobiliers et fonctionnaires chargés du contrôle de la conformité des constructions. L’effondrement du grand magasin Sampoong reste depuis l’exemple le plus souvent cité, dans l’enseignement de l’ingénierie structurelle sud-coréenne, des conséquences mortelles d’une modification de conception motivée par des considérations purement commerciales, aggravée par le choix délibéré de faire primer la continuité de l’activité sur la sécurité des personnes présentes dans le bâtiment.
L’effondrement des passerelles du Hyatt Regency et celui de la tour Ronan Point partagent avec Sampoong le même mécanisme : une modification de construction non revérifiée, dont les conséquences ne se révèlent que des années plus tard.
Sources
- Sampoong Department Store collapse — Wikipedia
- Effondrement du grand magasin Sampoong — Wikipédia
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