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Comment une simple fuite de gaz dans une cuisine a-t-elle révélé une faille de conception dans des centaines de tours d’habitation britanniques ?

Le 16 mai 1968, à peine deux mois après son inauguration, une explosion de gaz dans un appartement du 18e étage de la tour Ronan Point, à Londres, souffle un mur porteur et provoque l’effondrement en chaîne d’un angle entier du bâtiment. L’enquête révèle que la structure préfabriquée, conforme aux règles de l’époque, n’avait jamais été conçue pour résister à ce type de choc localisé.

Pièce n°203Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Achevée le 11 mars 1968 à Canning Town, dans l’est de Londres, la tour Ronan Point compte 22 étages et est construite selon un procédé de préfabrication lourde, le système danois Larsen & Nielsen, par l’entreprise Taylor Woodrow Anglian. Cette méthode de construction, alors largement utilisée pour le logement social britannique de l’après-guerre, assemble le bâtiment à partir de grands panneaux de béton préfabriqués en usine, dont l’assemblage sur site permet de construire rapidement et à moindre coût de grands ensembles résidentiels.

La décision

Le système constructif retenu pour Ronan Point relie les dalles de plancher aux murs porteurs périphériques par de simples points d’ancrage, sans prévoir de dispositif redondant capable de répartir les charges en cas de perte accidentelle d’un élément porteur — un choix de conception qui respecte pourtant intégralement la réglementation britannique du bâtiment en vigueur à l’époque, laquelle n’exige alors aucune résistance particulière face à ce type d’événement accidentel localisé.

La chute

Le matin du 16 mai 1968, une locataire du 18e étage, Ivy Hodge, allume sa cuisinière à gaz ; un écrou de raccordement du tuyau d’alimentation, trop serré lors de l’installation, avait fissuré la conduite, et l’explosion qui en résulte souffle le mur porteur d’angle de son appartement. Privées de leur point d’appui, les dalles des étages supérieurs s’effondrent les unes sur les autres, entraînant dans leur chute l’ensemble des logements situés au-dessus, qui écrasent à leur tour, par effet domino, les logements situés en dessous jusqu’au rez-de-chaussée. L’accident fait quatre morts et dix-sept blessés, un bilan resté limité par le fait que l’explosion survient tôt le matin, alors que la plupart des habitants se trouvent encore dans leur chambre plutôt que dans leur salon, orienté du côté de l’effondrement.

Les conséquences

L’enquête publique dirigée par Sir Hugh Griffiths établit que si la conception de la tour respectait la réglementation existante, elle souffrait néanmoins à la fois de défauts de conception et de défauts d’exécution avérés sur le chantier, notamment des boulons de fixation manquants et des raccordements mal réalisés entre panneaux préfabriqués. Le gouvernement britannique modifie dès 1970 la réglementation du bâtiment pour y introduire une nouvelle exigence dite de résistance à « l’effondrement disproportionné », imposant désormais à tout immeuble de résister sans effondrement en chaîne à des sollicitations accidentelles comme une explosion, une rafale de vent exceptionnelle ou le choc d’un véhicule.

Et depuis ?

L’effondrement de Ronan Point entame durablement la confiance du public britannique envers les tours d’habitation en béton préfabriqué, contribuant à l’arrêt progressif de ce mode de construction pour le logement social au Royaume-Uni au cours des années 1970. La tour elle-même, partiellement reconstruite, est finalement démolie en 1986 après la découverte de nouveaux défauts structurels dans l’ensemble du bâtiment. L’exigence réglementaire de résistance à l’effondrement disproportionné introduite après l’accident reste depuis un principe fondamental de l’ingénierie structurelle moderne, désormais repris, sous des formes variées, dans les codes du bâtiment de nombreux pays à travers le monde.

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Sources

  1. Ronan Point — Wikipedia
  2. Ronan Point collapse — The National Archives (Royaume-Uni)