Pourquoi les Red Sox ont-ils vendu Babe Ruth aux Yankees pour financer une comédie musicale ?
Fin 1919, le propriétaire des Red Sox de Boston vend sa star Babe Ruth aux Yankees de New York pour 100 000 dollars, en grande partie pour financer une comédie musicale de Broadway. Les Red Sox ne remporteront plus la Série mondiale pendant 86 ans.
Le contexte
À la fin des années 1910, les Red Sox de Boston dominent sans partage le baseball professionnel américain : l’équipe remporte cinq des seize premières éditions de la Série mondiale, dont trois avec un jeune lanceur-frappeur devenu star, George Herman « Babe » Ruth. Le propriétaire de l’équipe, Harry Frazee, est cependant avant tout un producteur de spectacles de Broadway, dont les affaires théâtrales traversent des difficultés financières récurrentes à cette période.
La décision
Le 26 décembre 1919, Frazee vend Babe Ruth aux Yankees de New York pour 100 000 dollars, une somme alors inédite dans l’histoire du sport américain, à laquelle s’ajoute un prêt personnel de 300 000 dollars supplémentaires que lui consent le propriétaire des Yankees, Jacob Ruppert, gagé sur une hypothèque du stade des Red Sox, Fenway Park. Si la transaction n’est rendue publique que le 6 janvier 1920, plusieurs historiens du sport s’accordent à considérer que Frazee cherche notamment à réunir des fonds pour financer ses productions théâtrales, dont la comédie musicale « No, No, Nanette », dans un contexte où Ruth, auteur d’une saison 1919 record, réclame justement un doublement de son salaire annuel, de 10 000 à 20 000 dollars, une exigence supplémentaire qui renforce la détermination de Frazee à se défaire du joueur le mieux payé de son effectif plutôt que de céder à ses demandes.
La chute
Le transfert stupéfie et indigne une large partie du public bostonien, qui découvre le départ de sa plus grande vedette vers l’équipe rivale de New York, un an seulement après que Ruth a contribué au quatrième titre de champion des Red Sox en sept saisons, le dernier de la franchise pendant plus de huit décennies. Ruth, déjà auteur de 29 circuits l’année précédente sous les couleurs de Boston, un record de l’époque qui avait déjà surpris tout le milieu du baseball, explose littéralement sous ses nouvelles couleurs : il en frappe 54 dès sa première saison chez les Yankees en 1920, un total qui marque à lui seul le début de l’ère dite de la « balle vivante » dans le baseball majeur, et contribue à transformer une franchise jusque-là sans titre majeur en la plus grande dynastie de l’histoire du sport américain.
Les conséquences
Les Red Sox, privés de leur meilleur joueur, ne remportent plus la Série mondiale pendant 86 années consécutives après ce transfert, une disette que la presse et les supporters de l’équipe finissent par surnommer la « malédiction du Bambino », du surnom affectueux de Babe Ruth. Les Yankees, à l’inverse, deviennent au cours du XXe siècle la franchise la plus titrée du sport professionnel nord-américain, remportant des dizaines de titres tout au long du siècle qui suit ce transfert.
Et depuis ?
Pendant ces 86 années, les Red Sox échouent à plusieurs reprises à un match ou une manche seulement du titre, des défaites que les supporters de l’équipe attribuent régulièrement, sur le ton de la superstition, à la « malédiction du Bambino ». La malédiction prend fin en 2004, lorsque les Red Sox, menés 0-3 dans la finale de la Ligue américaine face aux Yankees eux-mêmes, remontent ce déficit pour la première fois de l’histoire des séries éliminatoires du baseball majeur, avant de remporter la Série mondiale la même année, leur première depuis 1918. L’épisode de la vente de Ruth reste depuis considéré comme l’une des décisions sportives individuelles les plus regrettées de toute l’histoire du sport professionnel américain, régulièrement étudiée dans les écoles de gestion sportive comme exemple d’arbitrage à court terme entre les intérêts financiers d’un propriétaire et la performance durable d’une équipe.
Le sport regorge de retournements tout aussi improbables, comme la chute du cheval Devon Loch à quelques mètres seulement de la ligne d’arrivée en 1956.
Sources
- One hundred years later, sale of Ruth to Yankees remains pivotal point in history — National Baseball Hall of Fame
- Sale of the Century: The Yankees Bought Babe Ruth for Nothing — Society for American Baseball Research (SABR)
- 100 years ago, here’s how Red Sox fans received the most infamous trade in team history — Boston.com
- The deal that changed the game — National Baseball Hall of Fame
Histoires liées





