lebonflop.fr

Comment WeWork est-il passé d’une valorisation de 47 milliards à une IPO annulée en six semaines ?

En janvier 2019, WeWork est valorisée 47 milliards de dollars. Six semaines après le dépôt de son dossier d’entrée en Bourse, sa valorisation s’effondre sous les 10 milliards, son fondateur Adam Neumann démissionne et l’introduction en Bourse est retirée.

Pièce n°041Par Anthony R. · Publié le 11 juin 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fondée en 2010 à New York par Adam Neumann et Miguel McKelvey, WeWork loue de grands espaces de bureaux qu’elle réaménage et redécoupe en postes de travail partagés, sous-loués à des entreprises et indépendants sur des formules flexibles. La société lève des sommes considérables auprès d’investisseurs, en premier lieu le conglomérat japonais SoftBank, qui la valorise 47 milliards de dollars lors d’un tour de financement conclu en janvier 2019 — une valorisation qui repose largement sur la croissance rapide du nombre de sites ouverts plutôt que sur des méthodes classiques d’évaluation fondées sur la rentabilité.

La décision

En janvier 2019, quelques jours après son tour de financement à 47 milliards de dollars, l’entreprise se rebaptise « The We Company » et rachète, pour un montant équivalent à environ 5,9 millions de dollars en actions, la marque « We » à une société détenue personnellement par Adam Neumann et son cofondateur Miguel McKelvey — une opération jugée par beaucoup comme un signe supplémentaire de confusion entre les intérêts personnels du fondateur et ceux de l’entreprise. Le 14 août 2019, WeWork dépose officiellement son dossier d’introduction en Bourse auprès du régulateur américain, une étape obligatoire qui rend publics pour la première fois le détail de ses comptes. Les documents révèlent une perte nette d’environ 1,9 milliard de dollars pour 1,8 milliard de dollars de chiffre d’affaires sur l’exercice 2018, ainsi que des pratiques de gouvernance jugées problématiques par les investisseurs institutionnels, notamment plusieurs transactions entre l’entreprise et son fondateur Adam Neumann, propriétaire personnel de certains des immeubles loués par sa propre société.

La chute

La publication de ces informations provoque un effondrement rapide de la confiance des investisseurs institutionnels sollicités pour l’introduction en Bourse, qui refusent d’acheter des actions à un niveau de valorisation proche des 47 milliards de dollars annoncés quelques mois plus tôt. Sous la pression de son conseil d’administration et de ses principaux investisseurs, Adam Neumann démissionne de son poste de directeur général le 24 septembre 2019, moyennant un accord de départ estimé à environ 1,7 milliard de dollars. Le 30 septembre 2019, soit six semaines seulement après le dépôt initial du dossier, WeWork retire formellement sa demande d’introduction en Bourse.

Les conséquences

Fin octobre 2019, SoftBank, déjà actionnaire majeur de l’entreprise, met en place un plan de sauvetage financier d’environ 9,5 milliards de dollars, valorisant alors WeWork à moins de 8 milliards de dollars — une décote d’environ 83 % par rapport à l’évaluation de janvier de la même année — en échange d’une prise de contrôle portant sa participation à environ 80 % du capital.

Et depuis ?

WeWork finit par entrer en Bourse en octobre 2021, non plus par une introduction classique mais par fusion avec une société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC), à une valorisation d’environ 9 milliards de dollars — très inférieure aux 47 milliards envisagés deux ans plus tôt. L’action perd ensuite la quasi-totalité de sa valeur boursière et l’entreprise dépose le bilan aux États-Unis le 6 novembre 2023, avec plus de 4 milliards de dollars de dette. Elle ressort de cette procédure le 11 juin 2024, débarrassée de cette dette grâce à un accord de conversion en capital, sous le contrôle majoritaire de la société immobilière Yardi Systems. L’épisode reste depuis l’un des exemples les plus étudiés dans les écoles de commerce pour illustrer les dangers d’une valorisation de startup fondée sur la narration et la croissance à tout prix plutôt que sur des fondamentaux économiques vérifiables, ainsi que les risques d’une gouvernance d’entreprise concentrée entre les mains d’un fondateur peu encadré par son conseil d’administration.

Theranos, démasquée un an plus tôt, reposait sur le même ressort d’une narration fondatrice jamais vérifiée ; le retrait précipité de l’IPO de WeWork rappelle aussi, à sa façon, le repli soudain des New York Cosmos après des années d’expansion financée à crédit, et l’engouement sans lendemain de Pets.com vingt ans plus tôt.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. WeWork’s Rise To $47 Billion — And Fall To Bankruptcy: A Timeline — Forbes
  2. WeWork | Coworking Company, IPO, Adam Neumann, & SoftBank — Britannica Money
  3. SoftBank to take control of WeWork, say sources — Al Jazeera
  4. WeWork Emerges From Bankruptcy Protection — Silicon UK
  5. WeWork CEO returns $5.9 million the company paid him for ‘We’ trademark — CNBC