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Comment l’oubli de toucher une base a-t-il pu coûter un championnat entier à une équipe ?

Le 23 septembre 1908, le jeune joueur des New York Giants Fred Merkle, dix-neuf ans, part célébrer une victoire apparente sans avoir touché la deuxième base. Le joueur des Cubs de Chicago Johnny Evers s’en aperçoit et fait valider un retrait sur force, annulant le point décisif. Le match rejoué se solde par une victoire des Cubs, qui décroche le championnat au détriment des Giants pour un seul match d’écart, et Merkle traînera le surnom de « Bonehead » toute sa carrière.

Pièce n°368Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Le 23 septembre 1908, en pleine course serrée au titre de la Ligue nationale de baseball, les New York Giants affrontent au Polo Grounds leurs grands rivaux des Cubs de Chicago. Fred Merkle, première base recrue âgée de seulement dix-neuf ans, entre en jeu ce jour-là en remplacement d’un titulaire blessé, une occasion pour lui de disputer l’une de ses toutes premières apparitions importantes dans l’équipe.

La décision

Avec deux retraits en neuvième manche et le score à égalité un partout, Merkle réussit un simple qui place son coéquipier Moose McCormick en position de marquer, avant qu’Al Bridwell ne frappe à son tour un coup sûr décisif permettant à McCormick de franchir le marbre. Convaincu que la victoire des Giants vient d’être scellée, Merkle rejoint directement le vestiaire de son équipe sans prendre la peine de toucher la deuxième base, une négligence qui semble à ce moment-là sans conséquence tant la foule envahit déjà le terrain pour célébrer la victoire.

La chute

Le deuxième but des Cubs, Johnny Evers, remarque immédiatement cette omission et parvient à se procurer une balle avant de toucher lui-même la deuxième base, réclamant aussitôt auprès de l’arbitre Hank O’Day l’application d’un retrait sur force contre Merkle. Ce même Evers avait déjà tenté une réclamation identique quelques semaines plus tôt à Pittsburgh, sous l’arbitrage de ce même Hank O’Day, qui l’avait alors rejetée faute d’avoir clairement vu si le coureur avait ou non touché la base ; resté sur ses gardes depuis cet épisode, l’arbitre valide cette fois la réclamation et annule purement et simplement le point de McCormick, ce qui neutralise la victoire pourtant déjà célébrée par les spectateurs. L’obscurité tombante et l’envahissement massif du terrain par la foule rendent impossible la reprise de la rencontre, contraignant les arbitres à déclarer le match nul.

Les conséquences

Les Giants et les Cubs terminent finalement la saison régulière à égalité parfaite en tête du championnat, contraignant les deux équipes à disputer un match d’appui décisif au Polo Grounds le 8 octobre suivant. Les Cubs de Chicago remportent cette rencontre 4 à 2, s’emparant ainsi du titre de champion de la Ligue nationale au détriment des Giants pour la plus infime des marges possibles, un seul match d’écart directement imputable à l’épisode du 23 septembre. Merkle se voit alors affublé du surnom peu flatteur de « Bonehead », littéralement tête d’os, un sobriquet qui le poursuivra sans relâche pendant l’intégralité d’une carrière pourtant longue de dix-neuf saisons en ligue majeure.

Et depuis ?

Le manager des Giants, John McGraw, furieux contre la ligue plutôt que contre son jeune joueur, ne lui adressera d’ailleurs jamais le moindre reproche personnel pour cette erreur. Merkle poursuit malgré tout une carrière tout à fait honorable de dix-neuf saisons en ligue majeure, affichant une moyenne au bâton de ,273 pour 61 coups de circuit et 740 points produits au total avec les Giants, les Robins, les Cubs puis les Yankees, avant de se tenir durablement à l’écart du monde du baseball une fois sa carrière achevée en 1926, visiblement marqué par cet épisode. Il faudra attendre 1950 pour qu’il accepte enfin de se rendre à un match d’anciens joueurs des Giants, où le public lui réserve alors une ovation debout, signe d’une réconciliation tardive mais bien réelle avec les amateurs du sport. L’épisode, connu depuis dans toute l’histoire du baseball américain sous le nom de « Merkle’s Boner », reste aujourd’hui l’un des cas d’école les plus fréquemment cités pour illustrer combien un simple automatisme négligé, dans les tout derniers instants d’une rencontre par ailleurs déjà jouée, peut à lui seul faire basculer l’issue d’un championnat entier.

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Sources

  1. Fred Merkle — Wikipedia
  2. Johnny Evers — Wikipedia
  3. 1908 Chicago Cubs season — Wikipedia