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Comment un marathon olympique a-t-il pu être remporté par un coureur transporté en voiture ?

Disputé en pleine chaleur sur des routes poussiéreuses avec un seul point de ravitaillement, le marathon des Jeux olympiques de 1904 tourne au chaos : le premier arrivé, Fred Lorz, est disqualifié pour avoir parcouru une partie du trajet en automobile, et le vainqueur officiel, Thomas Hicks, ne termine debout qu’après avoir reçu des doses de strychnine et de brandy administrées par ses entraîneurs.

Pièce n°181Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Organisés en 1904 à Saint-Louis, dans le Missouri, en marge de l’Exposition universelle qui s’y tient la même année, les troisièmes Jeux olympiques modernes souffrent d’une organisation encore largement improvisée, très éloignée des standards qui s’imposeront plus tard. Le marathon, disputé le 30 août en début d’après-midi sous une chaleur écrasante avoisinant les 32 degrés, se déroule sur un parcours de terre poussiéreuse constamment traversé par la circulation automobile locale, les organisateurs n’ayant prévu qu’un unique point de ravitaillement en eau sur l’ensemble du trajet d’environ 40 kilomètres, dans le cadre d’une expérimentation volontaire sur la privation de liquides jugée à l’époque scientifiquement intéressante.

La décision

Sur les trente-deux concurrents au départ, dont plusieurs coureurs sud-africains et grecs peu habitués à ces conditions extrêmes, seuls quatorze parviennent à terminer l’épreuve, les autres abandonnant en chemin épuisés par la déshydratation ou la chaleur. Fred Lorz, coureur américain victime de crampes sévères après environ 15 kilomètres, choisit de monter dans une automobile qui passait par là pour rejoindre l’arrivée plus confortablement, avant de reprendre la course à pied sur les derniers kilomètres une fois son véhicule tombé en panne, sans jamais avoir initialement l’intention de revendiquer une quelconque victoire officielle selon ses propres déclarations ultérieures.

La chute

Lorz franchit la ligne d’arrivée en tête et se laisse acclamer par la foule, allant jusqu’à se laisser photographier aux côtés de la fille du président Theodore Roosevelt, Alice, venue lui remettre la couronne de vainqueur, avant que des témoins n’informent les officiels de la supercherie, entraînant sa disqualification immédiate. Le véritable vainqueur, Thomas Hicks, franchit la ligne dans un état d’épuisement extrême, en partie provoqué par le mélange de brandy et de sulfate de strychnine, un stimulant à faible dose alors utilisé comme tonique musculaire, que ses entraîneurs lui administrent à plusieurs reprises durant la course pour le maintenir en état de courir malgré des hallucinations déjà manifestes.

Les conséquences

Hicks doit être porté par ses assistants dès la ligne d’arrivée franchie et met plusieurs heures à retrouver un état de santé stable, dans ce qui reste à ce jour le temps le plus lent jamais enregistré par un vainqueur de marathon olympique, plus de trois heures et vingt-huit minutes. Fred Lorz, loin d’être banni du monde de la course à pied malgré la polémique, présente des excuses publiques jugées sincères par la fédération américaine et remporte, dès l’année suivante, le très sélectif marathon de Boston, cette fois sans la moindre contestation possible.

Et depuis ?

Le marathon de 1904 reste aujourd’hui, dans l’histoire du mouvement olympique, l’un des épisodes les plus régulièrement cités pour illustrer à quel point l’organisation sportive internationale, encore balbutiante au tout début du XXe siècle, manquait cruellement des protections médicales et réglementaires élémentaires que le sport de haut niveau considère aujourd’hui comme non négociables. L’utilisation ouvertement assumée de stimulants comme la strychnine, à une époque où aucune réglementation antidopage n’existait ni même n’était envisagée, contraste fortement avec les contrôles rigoureux mis en place des décennies plus tard, faisant de cette course l’un des symboles les plus souvent utilisés pour retracer, par contraste, l’évolution de l’éthique sportive olympique au cours du siècle suivant.

Le Comité international olympique lui-même envisage sérieusement, dans les mois suivant ce marathon jugé calamiteux à tous points de vue, de supprimer purement et simplement l’épreuve du programme des Jeux, avant de se raviser face à la popularité déjà considérable de la discipline auprès du public. D’autres incidents marquent la même course, comme celui du coureur cubain Félix Carvajal, arrivé sur les lieux sans entraînement préalable ni équipement adapté après avoir vendu ses biens pour financer son voyage, et qui termine malgré tout quatrième après s’être arrêté en chemin pour voler des pommes dans un verger, un épisode resté comme l’une des anecdotes les plus souvent racontées de l’histoire olympique.

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Sources

  1. Athletics at the 1904 Summer Olympics – Men’s marathon — Wikipedia
  2. Frederick Lorz — Wikipedia