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Pourquoi Ishtar est-il devenu synonyme d’échec absolu à Hollywood ?

Comédie réunissant deux stars, Warren Beatty et Dustin Hoffman, Ishtar voit son budget doubler au fil d’un tournage compliqué dans le désert marocain. Sorti en 1987, le film ne rapporte que 14,4 millions de dollars pour un budget de 51 millions, devenant le symbole du bide hollywoodien.

Pièce n°075Par Anthony R. · Publié le 18 août 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Écrite et réalisée par Elaine May, scénariste et cinéaste déjà reconnue pour son travail sur « Reds » et « Tootsie » mais l’une des rares femmes à se voir confier la réalisation d’un film à si gros budget à Hollywood au milieu des années 1980, Ishtar réunit deux des plus grandes stars masculines du moment, Warren Beatty et Dustin Hoffman, dans le rôle de deux chanteurs de cabaret ratés qui se retrouvent mêlés, par accident, à une intrigue d’espionnage au Moyen-Orient. Beatty, également coproducteur du film, négocie pour lui et Hoffman des cachets et des pourcentages sur les recettes particulièrement élevés, contribuant dès le départ à alourdir le budget du projet.

La décision

Le tournage, en partie réalisé dans le désert marocain, se heurte à une série de complications imprévues : conditions climatiques extrêmes, matériel endommagé par le sable, plusieurs reprises de scènes jugées insatisfaisantes par la réalisatrice, et des relations tendues entre l’équipe et la production. Ces difficultés successives font grimper le budget final du film à environ 51 millions de dollars, contre une estimation de départ nettement plus modeste.

Beatty et Hoffman acceptent par ailleurs de participer au projet en partie par reconnaissance envers May pour son travail non crédité de réécriture de scénario sur deux de leurs précédents films, « Reds » et « Tootsie ».

La chute

Le film sort le 15 mai 1987 sous une pluie de critiques dévastatrices : le critique du Chicago Sun-Times Roger Ebert le qualifie de « véritablement épouvantable » et d’« exercice massif et poussif de comédie ratée ». Les recettes en salles américaines ne s’élèvent qu’à environ 14,4 millions de dollars, très loin de permettre d’amortir un budget de production presque quatre fois supérieur, une fois les coûts additionnels de distribution et de promotion également pris en compte dans ce calcul global final réel.

Les conséquences

L’ampleur du fiasco financier, largement commentée par la presse américaine de l’époque, fait immédiatement d’Ishtar un synonyme d’échec cinématographique absolu dans le langage courant hollywoodien et au-delà, cité pendant des années dans des séries télévisées et des films comme référence comique instantanée pour désigner un projet voué à l’échec. Plusieurs analyses rétrospectives estiment que cet échec a également contribué, de façon injuste selon certains critiques, à renforcer pendant longtemps la réticence des grands studios hollywoodiens à confier des budgets comparables à des réalisatrices, en dépit du fait que les nombreux problèmes du tournage relevaient largement de décisions prises par ses producteurs et ses stars masculines. L’échec du film coûte également son poste au dirigeant de Columbia Pictures Guy McElwaine, qui avait donné son feu vert au projet, et pèse dans la décision de Coca-Cola, alors propriétaire du studio, de se retirer entièrement de l’industrie du cinéma quelques mois plus tard en revendant Columbia Pictures à Sony. Quant à Elaine May elle-même, jugée responsable par une large partie de la profession malgré l’implication directe de Beatty dans la gestion du tournage, l’échec d’Ishtar met un terme de fait à sa carrière de réalisatrice de long-métrage pendant plusieurs décennies.

Et depuis ?

Le film connaît, à partir des années 2000, une réévaluation critique progressive de la part de certains cinéphiles et critiques, qui redécouvrent une comédie plus maîtrisée et plus fine que sa réputation ne le laissait supposer à sa sortie. Il continue cependant, aujourd’hui encore, d’être cité en priorité dès qu’il s’agit d’évoquer les plus grands échecs financiers de l’histoire du cinéma hollywoodien, son nom étant devenu, bien au-delà du cercle des cinéphiles, un raccourci culturel pour désigner tout projet ambitieux ayant spectaculairement échoué.

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Sources

  1. Ishtar (film) — Wikipedia
  2. ‘Ishtar’ was a box-office disaster and a ‘Golden Girls’ punchline — now it’s a cult comedy favorite — Yahoo Entertainment
  3. ‘Ishtar’: How Hollywood Decided That One Box-Office Flop Meant Female Directors Were a Risk — IndieWire
  4. The Legacy and Lunacy of Ishtar — The A.V. Club