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Comment un film sur le plus grand menteur du monde a-t-il été victime de menteurs bien réels ?

En 1988, Terry Gilliam tourne « Les Aventures du baron de Münchhausen », dont le budget double presque en cours de production. Des rumeurs négatives orchestrées par des rivaux du studio précipitent une sortie confidentielle, provoquant un four commercial retentissant malgré un accueil critique enthousiaste.

Pièce n°260Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Le réalisateur britannique Terry Gilliam entreprend en 1987 l’adaptation cinématographique des légendaires exploits du baron de Münchhausen, un projet ambitieux mêlant décors somptueux, effets spéciaux innovants et tournage international en Italie. Le producteur Thomas Schühly négocie initialement un budget de 35 millions de dollars auprès de la 20th Century Fox, mais lorsque Columbia Pictures reprend finalement le financement du film, le nouveau studio refuse catégoriquement de dépasser les 25 millions de dollars, créant d’emblée un écart financier majeur entre les ambitions artistiques du projet et les moyens réellement alloués par ses financeurs.

La décision

Le tournage se heurte à une accumulation de difficultés logistiques et humaines considérables sur les plateaux romains, tandis que le budget initial de 23,5 millions de dollars grimpe finalement jusqu’à 46,63 millions de dollars, une somme que Gilliam lui-même conteste partiellement, affirmant que les coûts réels n’ont jamais réellement approché ce montant final officiellement communiqué. La jeune actrice Sarah Polley, âgée de neuf ans seulement au moment du tournage, décrira plus tard l’expérience comme traumatisante, évoquant des explosions, une eau glaciale et des heures interminables de tournage ayant laissé chez elle des séquelles durables.

La chute

Le soutien du film au sein de Columbia Pictures s’effondre brutalement lorsque David Puttnam, qui avait personnellement obtenu les droits de distribution américains du film, est remplacé à la tête du studio par Dawn Steel, laquelle refuse purement et simplement d’honorer les engagements pris par l’équipe dirigeante précédente. Des rumeurs particulièrement négatives circulent alors dans la presse hollywoodienne, provenant directement de la société de garantie financière du film, dont l’avocat se révèle être lié au producteur rival Ray Stark, lui-même engagé dans une manœuvre visant précisément à évincer Puttnam de la direction de Columbia.

Les conséquences

Columbia limite drastiquement la sortie américaine du film à seulement 117 copies, contre environ 400 copies habituellement réservées même aux films d’art et d’essai, justifiant ce choix par des sondages de sortie de salle jugés défavorables en zone périurbaine. Columbia prétend par ailleurs que le film ne sera pas prêt à temps pour une sortie américaine prévue à Noël 1988, repoussant sa première nord-américaine à mars 1989, alors même que le long métrage sort déjà sans encombre en Allemagne de l’Ouest dès le 8 décembre 1988, une contradiction manifeste illustrant le peu d’empressement réel du studio à soutenir sa propre production. Le film ne rapporte finalement que 8,1 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord pour un coût de production de 46,6 millions de dollars, un échec commercial cinglant que Gilliam résumera avec une ironie mordante en observant qu’il semblait finalement approprié que Münchhausen, le plus grand menteur du monde, ait lui-même été victime de quelques-uns des plus grands menteurs du monde réel.

Et depuis ?

Malgré cet échec commercial retentissant, le film reçoit un accueil critique remarquablement enthousiaste, avec 90 % d’avis favorables recensés sur l’agrégateur Rotten Tomatoes et quatre nominations aux Oscars pour ses décors, ses costumes, ses maquillages et ses effets visuels, en plus de trois récompenses aux BAFTA britanniques. Le critique Roger Ebert salue notamment des effets spéciaux qu’il qualifie d’étonnants, tandis que son confrère Richard Corliss le décrit comme le film fantastique le plus inventif depuis le précédent long métrage de Gilliam, Brazil, un précédent tournage déjà marqué lui aussi par un conflit retentissant avec son studio de production, tandis que Les Aventures du baron de Münchhausen s’impose depuis durablement comme un classique culte régulièrement réévalué, illustrant à quel point un échec commercial retentissant, largement provoqué par des manœuvres internes de studio étrangères aux qualités intrinsèques du film, ne préjuge en rien de sa valeur artistique reconnue avec le recul des décennies suivantes.

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Sources

  1. The Adventures of Baron Munchausen — Wikipedia
  2. Terry Gilliam — Wikipedia
  3. David Puttnam — Wikipedia
  4. Sarah Polley — Wikipedia
  5. Columbia Pictures — Wikipedia