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Comment Heaven’s Gate a-t-il coulé un studio hollywoodien en 1980 ?

Le western de Michael Cimino devait confirmer le triomphe de « Voyage au bout de l’enfer ». Son budget a explosé jusqu’à 44 millions de dollars pour 3,5 millions récoltés en salles, précipitant la vente du studio United Artists.

Pièce n°065Par Anthony R. · Publié le 29 juillet 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

En 1978, Michael Cimino signe avec « Voyage au bout de l’enfer » un triomphe critique et commercial, couronné de cinq Oscars dont celui du meilleur film. Le studio United Artists lui offre alors une liberté quasi totale pour son projet suivant : une fresque western inspirée de la guerre du comté de Johnson, un conflit réel survenu dans le Wyoming entre 1889 et 1893, qui opposa les grands éleveurs regroupés au sein de la Wyoming Stock Growers Association à des colons et immigrants européens venus s’installer sur les terres de pâturage sous couvert des lois fédérales sur l’homestead. Si les personnages principaux du film portent les noms de protagonistes réels de ce conflit, le scénario de Cimino prend d’importantes libertés avec les faits historiques, notamment en dramatisant une famine et des affrontements de masse que les historiens ne retrouvent pas dans les archives de l’époque.

Le budget initial est estimé à 11,6 millions de dollars. United Artists, désireux de renouveler la confiance accordée à un réalisateur auréolé de succès, laisse Cimino tourner avec un contrôle créatif quasiment sans précédent pour l’époque.

La décision

Le tournage tourne rapidement au gouffre financier. Cimino multiplie les prises, reconstruit des décors jugés imparfaits, fait déplacer des bâtiments entiers pour quelques centimètres de cadrage et tourne parfois plus d’un million de dollars de pellicule pour à peine quelques minutes de scène exploitable. Le calendrier de tournage, prévu pour 54 jours, explose largement, tout comme le budget, qui grimpe jusqu’à 44 millions de dollars — près de quatre fois l’estimation de départ.

United Artists, engagé contractuellement à laisser la main créative à Cimino, ne parvient pas à reprendre le contrôle du projet avant qu’il ne soit trop tard.

La chute

La première new-yorkaise du film, le 19 novembre 1980, tourne au désastre. Les critiques sont unanimement sévères, dénonçant un montage confus de près de quatre heures et un rythme jugé interminable. Le critique du New York Times, Vincent Canby, résume l’accueil de la presse en qualifiant l’expérience de visionnage de « visite guidée forcée de quatre heures dans son propre salon » et le film lui-même de « désastre sans appel ». United Artists retire le film des salles après une semaine d’exploitation pour le remonter en une version raccourcie d’environ deux heures et demie, ressortie en avril 1981. Le nouveau montage ne change rien à l’accueil : le film ne rapporte au total que 3,5 millions de dollars de recettes, pour un budget de 44 millions.

Les conséquences

L’ampleur de l’échec dépasse largement le seul film. United Artists, fragilisé financièrement, est racheté dès 1981 par la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), mettant fin à l’indépendance du studio fondé en 1919 par les quatre stars et cinéastes Charlie Chaplin, Mary Pickford, Douglas Fairbanks et D. W. Griffith, alors réunis pour garder le contrôle de leurs propres films face aux grands studios de l’époque. L’épisode est unanimement cité comme l’un des catalyseurs de la fin du « Nouvel Hollywood », cette période des années 1970 où les studios laissaient une large autonomie créative à une génération de réalisateurs. À partir des années 1980, les grands studios reprennent un contrôle budgétaire beaucoup plus strict sur leurs productions.

Et depuis ?

Longtemps considéré comme l’archétype absolu du fiasco hollywoodien, Heaven’s Gate connaît une réévaluation critique progressive à partir des années 2000. Une version restaurée, proche du montage original voulu par Cimino, est présentée à la Mostra de Venise en 2012 et reçoit un accueil nettement plus favorable qu’à sa sortie. Le film reste néanmoins la référence obligée dès qu’il est question de dépassements de budget et de perte de contrôle sur un tournage, aux côtés d’autres tournages tumultueux comme celui d’« Apocalypse Now ».

D’autres films couleront à leur tour un studio ou une carrière : Waterworld et Cutthroat Island, tous deux en 1995, John Carter pour Disney en 2012, et, hors du cinéma, la plateforme de streaming Quibi, qui brûlera 1,75 milliard de dollars en six mois à peine.

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Sources

  1. Heaven’s Gate (film) — Wikipedia
  2. Heaven’s Gate (1980) — Box Office and Financial Information — The Numbers
  3. 1980 Western Epic, A Massive Box Office Flop, Named “Worst Movie of All Time” — Yahoo Entertainment