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Comment Battlefield Earth est-il devenu l’un des pires films jamais tournés à Hollywood ?

Porté à l’écran par John Travolta, qui y investit 5 millions de dollars de sa poche, Battlefield Earth, adapté d’un roman du fondateur de la Scientologie, essuie un massacre critique quasi unanime et rafle sept Razzies. Une fraude sur le budget déclaré précipite ensuite la faillite du studio.

Pièce n°081Par Anthony R. · Publié le 30 août 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Converti à la Scientologie depuis 1975 et destinataire d’un exemplaire dédicacé du roman Battlefield Earth par son auteur, le fondateur du mouvement L. Ron Hubbard, l’acteur John Travolta rêve depuis longtemps de porter cette œuvre de science-fiction, imaginant une invasion extraterrestre de la Terre survenue en l’an 3000, à l’écran. Sa carrière relancée par le succès de Pulp Fiction en 1994 lui donne enfin l’influence nécessaire à Hollywood pour concrétiser ce projet personnel, qu’il présente alors comme comparable à Star Wars, « en mieux » selon ses propres mots.

La décision

Travolta investit personnellement 5 millions de dollars dans la production et accepte un cachet largement réduit par rapport à ses standards habituels afin de voir le film se concrétiser, après avoir en vain proposé le projet à Quentin Tarantino pour la réalisation. Il obtient finalement le rôle du principal antagoniste extraterrestre plutôt que celui, initialement convoité, du héros humain. Le tournage principal se déroule au Canada, à Montréal, dans la province du Québec, durant l’été et l’automne 1999, pour un budget réel s’élevant à 44 millions de dollars, un scénario retravaillé en dix versions successives ayant entraîné le renvoi du scénariste original en cours de route.

La chute

À sa sortie en salles le 12 mai 2000, le film essuie un massacre critique quasiment unanime dès ses toutes premières projections : il ne recueille que 3 % d’avis positifs sur l’agrégateur de critiques Rotten Tomatoes et une note de 9 sur 100 sur Metacritic, synonyme officiel de « rejet général extrême » selon l’échelle propre à ce site. Le critique Roger Ebert le compare à « un trajet en bus aux côtés de quelqu’un qui aurait eu besoin d’une douche depuis longtemps », tandis que la critique du New York Times le qualifie sans détour de « pire film de ce nouveau siècle ». Le film ne rapporte finalement que 29,7 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget total de 73 millions de dollars incluant le marketing, et rafle sept Razzies dès la cérémonie de l’année 2000, dont ceux du pire film, du pire réalisateur, du pire acteur pour Travolta lui-même, du pire second rôle masculin et de la pire adaptation à l’écran.

Les conséquences

L’affaire prend une tournure judiciaire inattendue en 2004, lorsque le partenaire de financement allemand Intertainment AG poursuit le studio Franchise Pictures pour avoir délibérément gonflé le budget déclaré du film à 75 millions de dollars, soit 31 millions de plus que son coût réel, afin de lui faire supporter une part disproportionnée des coûts de production. Un jury de Los Angeles condamne Franchise Pictures et son dirigeant Elie Samaha à verser 121,7 millions de dollars de dommages et intérêts, ce dernier étant reconnu personnellement responsable de 77 millions de cette somme, précipitant le dépôt de bilan du studio dès le mois d’août 2004.

Et depuis ?

Battlefield Earth continue d’accumuler les distinctions négatives bien après sa sortie initiale, recevant en 2010 le Razzie du pire film de la décennie, portant son total à neuf trophées de la cérémonie parodique. Les projets de suite, un temps envisagés pour adapter la seconde moitié du roman original de L. Ron Hubbard, sont définitivement abandonnés face à l’ampleur de l’échec commercial et critique du premier volet, aucune version cinématographique ultérieure n’ayant jamais vu le jour depuis. Le film reste depuis l’un des exemples les plus fréquemment cités à Hollywood pour illustrer comment l’influence personnelle d’une vedette sur un projet qui lui tient particulièrement à cœur, conjuguée à une gestion financière opaque du studio producteur, peut transformer une conviction pourtant sincère en un désastre à la fois critique, commercial et judiciaire.

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Sources

  1. Battlefield Earth (film) — Wikipedia
  2. Franchise Pictures — Wikipedia