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La panique nationale déclenchée par Orson Welles en 1938 a-t-elle vraiment eu lieu ?

Le 30 octobre 1938, l’émission radiophonique d’Orson Welles adaptant « La Guerre des mondes » aurait provoqué une panique nationale aux États-Unis. Des recherches menées des décennies plus tard montrent que seuls 2 % des foyers écoutaient l’émission et que la panique fut largement exagérée par la presse écrite, concurrente du poste de radio.

Pièce n°332Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 1/5 — Petit flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Le 30 octobre 1938, la troupe théâtrale du Mercury Theatre, dirigée par le jeune Orson Welles, diffuse sur les ondes de CBS Radio une adaptation du roman « La Guerre des mondes » de H.G. Wells, transposée dans l’Amérique contemporaine sous la forme d’un faux bulletin d’informations interrompant en direct un programme de musique de danse. Les deux premiers tiers de l’émission simulent avec un grand réalisme une invasion martienne en cours, situant le point de chute du premier engin extraterrestre dans le village bien réel de Grover’s Mill, dans le New Jersey, et imitant le ton des flashs d’actualité radiophoniques de l’époque, sans qu’aucun avertissement ne soit répété au-delà de l’annonce initiale précisant qu’il s’agit d’une fiction. Quelques curieux se rendent d’ailleurs sur place cette nuit-là, provoquant un embouteillage inhabituel dans ce village autrement paisible.

La décision

Dans les jours suivant la diffusion, la presse écrite américaine s’empare massivement de l’événement : en l’espace de trois semaines, au moins 12 500 articles de journaux relatent l’émission, le New York Times affichant en une le titre sans nuance « Orson Welles provoque une panique », tandis que des panneaux lumineux relaient l’information en direct sur Times Square. L’image d’une Amérique entière prise de panique, fuyant ses foyers en pyjama pour échapper à une invasion extraterrestre imaginaire, s’impose alors durablement dans la mémoire collective américaine comme l’un des épisodes fondateurs de la puissance présumée des médias de masse.

La chute

Une étude d’audience menée à l’époque même par l’institut C.E. Hooper auprès de 5 000 foyers révèle pourtant que seuls 2 % des personnes interrogées déclarent avoir écouté l’émission de Welles ce soir-là, la grande majorité des auditeurs étant alors captée par le programme concurrent et nettement plus populaire de Chase and Sanborn Hour diffusé sur une autre chaîne au même horaire. Plusieurs décennies plus tard, l’historien des médias W. Joseph Campbell conclut en 2003 que la panique et l’hystérie collective si étroitement associées à cette émission n’ont jamais eu lieu à une échelle véritablement nationale, tandis que les chercheurs Jefferson Pooley et Michael Socolow résument sobrement que « presque personne n’a été dupé » et que la panique réelle fut si négligeable qu’elle en devient statistiquement quasiment impossible à mesurer.

Les conséquences

L’historien A. Brad Schwartz, analysant des centaines de lettres de téléspectateurs conservées dans les archives, établit que sur près de 2 000 courriers adressés à Welles et à la Commission fédérale des communications, seuls 27 % proviennent effectivement d’auditeurs s’étant déclarés véritablement effrayés par l’émission. Aucun hôpital américain ne rapporte d’admissions supplémentaires liées à l’événement, et aucun décès n’est jamais formellement rattaché à la diffusion. Les chercheurs expliquent l’ampleur disproportionnée de la couverture médiatique par le contexte économique de l’industrie de la presse écrite, alors fragilisée par la Grande Dépression et la concurrence croissante de la radio pour les recettes publicitaires, ce qui constitue une incitation directe à exagérer les dérives de ce média rival encore jeune.

Et depuis ?

Une anecdote souvent reprise, jamais formellement vérifiée par une source indépendante et provenant uniquement du témoignage ultérieur de Welles lui-même, veut qu’Adolf Hitler ait cité l’émission dans un discours à Munich comme preuve de la décadence des démocraties occidentales — une affirmation qui illustre, une fois de plus, la difficulté à distinguer le fait avéré de la légende dans cette affaire. L’épisode de « La Guerre des mondes » reste aujourd’hui un cas d’école régulièrement enseigné dans les écoles de journalisme et de communication, non pas tant comme preuve de la puissance de manipulation des médias de masse que comme démonstration inverse et bien plus rigoureuse de la façon dont un récit médiatique simplifié et spectaculaire peut, une fois installé dans la mémoire collective, se révéler infiniment plus résistant aux faits vérifiés que l’événement réel qu’il prétend pourtant décrire.

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Sources

  1. The War of the Worlds (1938 radio drama) — Wikipedia
  2. Orson Welles War of the Worlds 1938 — ACME News Photos (1938-10-31)
  3. W. Joseph Campbell — Wikipedia
  4. A. Brad Schwartz — Wikipedia
  5. Orson Welles — Wikipedia