Pourquoi Google Wave, ovationné à sa présentation, a-t-il fermé quinze mois après son lancement ?
Présenté en 2009 lors de la conférence Google I/O sous une ovation debout, Google Wave promettait de fusionner email, messagerie instantanée et travail collaboratif. Personne ne parvenait vraiment à expliquer à quoi il servait : Google ferme le service quinze mois après son lancement public.
Le contexte
En pleine période où Google multiplie les projets expérimentaux ambitieux au sein de son laboratoire interne, le 28 mai 2009, lors de la conférence de développeurs Google I/O, Google dévoile Google Wave après une démonstration technique de 80 minutes qui suscite une ovation debout de la salle. Présenté comme une refonte radicale de la communication en ligne, l’outil fusionne dans une seule interface les fonctions de messagerie électronique, de messagerie instantanée, de wiki collaboratif et de réseau social, permettant à plusieurs utilisateurs de modifier en temps réel un même document partagé, baptisé « wave », enrichi de fils de discussion imbriqués, de photographies et de modules interactifs divers.
La décision
Plutôt que de proposer d’emblée un accès public et massif, Google choisit de déployer le service selon un système d’invitations strictement limité, sur le modèle qui avait fait ses preuves avec Gmail quelques années plus tôt : en septembre 2009, une première vague de 100 000 invitations est envoyée, chaque bénéficiaire pouvant à son tour inviter jusqu’à huit personnes seulement de son propre entourage le plus proche. Le problème, propre à un outil de collaboration, est que Wave ne prend tout son sens qu’une fois que l’ensemble des personnes avec lesquelles on souhaite collaborer y ont elles-mêmes accès, ce que ce déploiement au compte-gouttes rend particulièrement difficile à atteindre.
La chute
Une fois l’accès obtenu, de nombreux nouveaux utilisateurs peinent à comprendre concrètement à quoi peut leur servir l’outil au quotidien, faute d’un cas d’usage clair et immédiatement identifiable — une confusion largement moquée sur les réseaux sociaux de l’époque, où se multiplient les messages du type « J’ai eu accès à Google Wave, et maintenant ? ». Le service, ouvert au grand public sans invitation à partir de mai 2010, ne parvient jamais à dépasser environ un million d’utilisateurs actifs au cours de sa première année d’existence, un chiffre jugé décevant au regard de l’ambition initiale du projet et des ressources considérables investies dans son développement.
Les conséquences
Le 4 août 2010, Google annonce officiellement l’arrêt du développement de Wave, un peu plus de quinze mois seulement après sa présentation initiale et environ trois mois après son ouverture complète au grand public. Urs Hölzle, vice-président senior de Google chargé des opérations techniques, résume sobrement la décision dans le communiqué officiel : « Wave n’a pas connu l’adoption par les utilisateurs que nous aurions souhaitée. » L’entreprise reversera par la suite plusieurs technologies développées pour Wave, notamment ses mécanismes de synchronisation en temps réel, à des projets open source, avant de rendre le service accessible en lecture seule dès janvier 2012, puis de le fermer définitivement le 30 avril 2012, date à laquelle l’ensemble des serveurs sont mis hors service et le contenu devient totalement inaccessible.
Et depuis ?
Malgré son échec commercial retentissant, Google Wave continue d’être régulièrement cité par des entrepreneurs et développeurs du secteur des outils de collaboration comme une source d’inspiration légitime, plusieurs startups ultérieures revendiquant ouvertement s’être appuyées sur ses concepts originaux pour bâtir des produits mieux positionnés commercialement. Google Wave reste depuis l’exemple le plus fréquemment cité dans l’industrie technologique pour illustrer le risque d’un produit techniquement impressionnant mais dépourvu d’un cas d’usage évident pour l’utilisateur final, ainsi que les limites d’une stratégie de déploiement par invitations lorsqu’elle est appliquée à un outil dont l’utilité dépend justement de l’adoption simultanée par tout un groupe de contacts. Plusieurs concepts explorés par Wave, dont l’édition collaborative en temps réel d’un même document, seront par la suite popularisés avec bien plus de succès par d’autres produits, à commencer par Google Docs lui-même.
Sources
Histoires liées





