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Comment un plâtrier anglais a-t-il pu devenir la vedette des Jeux olympiques en terminant systématiquement dernier ?

N’ayant trouvé aucun autre sauteur à ski britannique pour lui disputer sa place, le plâtrier Michael « Eddie » Edwards se qualifie aux Jeux olympiques d’hiver de Calgary en 1988. Il y termine dernier des deux épreuves, à plus de 70 points de l’avant-dernier concurrent, mais devient malgré tout la vedette la plus populaire des Jeux, au point que le CIO durcit ensuite les critères de qualification pour empêcher toute répétition d’un tel scénario.

Pièce n°306Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Né le 5 décembre 1963 à Cheltenham, Michael Edwards s’essaie au ski alpin dès l’âge de treize ans lors d’un voyage scolaire, puis passe une saison comme moniteur à Glenshee, en Écosse, sans jamais parvenir à s’imposer au niveau compétitif dans cette discipline. Faute de résultats suffisants en descente, il se tourne alors vers le saut à ski, une discipline dans laquelle la Grande-Bretagne ne compte alors littéralement aucun autre concurrent susceptible de lui disputer sa place en équipe nationale, lui permettant de se qualifier presque par défaut pour les Jeux olympiques d’hiver de Calgary en 1988. Il travaille alors comme plâtrier pour financer sa pratique du sport, au point de recevoir sa convocation officielle aux Jeux alors qu’il séjourne temporairement, pour des raisons purement financières et non médicales, dans un hôpital psychiatrique finlandais bon marché.

La décision

Edwards se présente aux deux épreuves individuelles de saut à ski des Jeux de Calgary, sur petit tremplin de 70 mètres puis sur grand tremplin de 90 mètres, sans dissimuler ni son inexpérience ni l’écart criant qui le sépare du reste du plateau international. Il assumera d’ailleurs pleinement son choix, réfutant après coup les rumeurs prétendant qu’il aurait été terrifié par la hauteur des tremplins : « On disait que j’avais peur du vide. Mais je m’entraînais alors à raison de soixante sauts par jour. »

La chute

Sur petit tremplin, Edwards termine dernier avec seulement 69,2 points, cumulés sur deux sauts de 55 mètres chacun, tandis que l’avant-dernier concurrent, l’Espagnol Bernat Solà Pujol, obtient 140,4 points grâce à des sauts de 71 et 68,5 mètres, soit plus du double du score d’Edwards. Sur grand tremplin, il termine à nouveau dernier avec 57,5 points pour des sauts de 71 et 67 mètres, l’avant- dernier concurrent, le Canadien Todd Gilman, obtenant cette fois 110,8 points. Le Finlandais Matti Nykänen remporte les deux épreuves haut la main. La presse le surnomme aussitôt « Mr. Magoo », tandis qu’un journaliste italien le qualifie sans détour de « largueur de skis ».

Les conséquences

Malgré, ou plutôt à cause de, ces résultats sans appel, Edwards devient la personnalité la plus populaire des Jeux, le président du comité d’organisation Frank King allant jusqu’à le citer nommément lors de la cérémonie de clôture, saluant des athlètes ayant « même su s’élever comme un aigle ». Cette popularité soudaine ne fait cependant pas l’unanimité : certains responsables sportifs le qualifient ouvertement de simple « touriste olympique » venu détourner l’attention des athlètes sérieux, tandis que le quotidien est-allemand Junge Welt le traite purement et simplement de « clown ». Le Comité international olympique réagit dès l’édition suivante en durcissant considérablement ses critères de qualification, exigeant désormais des athlètes qu’ils participent à des compétitions internationales et se classent parmi les 30 % les mieux classés ou parmi les 50 premiers, selon le seuil le plus restrictif des deux, une mesure surnommée depuis la « règle Eddie the Eagle ». Edwards tentera à trois reprises, en 1992, 1994 puis 1998, de se requalifier pour les Jeux olympiques sous ce nouveau règlement, sans jamais y parvenir.

Et depuis ?

Devenu une figure populaire durable au Royaume-Uni, Edwards enregistre en 1991 un single en langue finnoise qui atteint la deuxième place des classements finlandais, avant de décrocher un diplôme de droit à l’université De Montfort en 2003 puis de participer à plusieurs émissions de télévision, dont Splash!, qu’il remporte en 2013. Sa popularité inspire en 2016 le film biographique Eddie the Eagle, avec Taron Egerton dans son propre rôle aux côtés de Hugh Jackman, qui rapporte 46,1 millions de dollars dans le monde et devient le film britannique ayant rapporté le plus au box-office britannique cette année-là. En mars 2017, Edwards retourne à Calgary pour y effectuer ses premiers sauts à ski depuis quinze ans, sur le site même de ses exploits de 1988, dont l’histoire demeure aujourd’hui l’un des exemples les plus souvent cités de sportif devenu culte non pas malgré son échec sportif, mais grâce à lui.

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Sources

  1. Eddie the Eagle — Wikipedia
  2. 1988 Winter Olympics — Wikipedia
  3. Eddie the Eagle (film) — Wikipedia