lebonflop.fr

Comment un ancien lanceur de baseball a-t-il englouti 75 millions de dollars d’argent public dans un studio de jeux vidéo ?

En 2010, l’ancien lanceur de baseball Curt Schilling négocie avec l’État du Rhode Island un prêt garanti de 75 millions de dollars pour y installer son studio de jeux vidéo, 38 Studios. Après la sortie d’un unique jeu aux ventes insuffisantes, le studio dépose le bilan dès 2012, laissant les contribuables de l’État assumer l’essentiel de la dette.

Pièce n°101Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fondé le 8 septembre 2006 sous le nom de Green Monster Games par l’ancien lanceur vedette de la Ligue majeure de baseball Curt Schilling, le studio, rebaptisé 38 Studios en référence à son numéro de maillot, se lance dans le développement d’un univers de fantasy ambitieux, incluant à terme un jeu de rôle massivement multijoueur baptisé « Project Copernicus », sur lequel l’entreprise investit environ 118 millions de dollars entre 2006 et 2011.

La décision

En juillet 2010, Curt Schilling négocie avec l’agence de développement économique du Rhode Island un prêt garanti par l’État de 75 millions de dollars, en échange de la relocalisation du studio à Providence, la capitale de cet État parmi les plus petits des États-Unis. 38 Studios s’installe dans ses nouveaux locaux dès avril 2011, en avance sur le calendrier initialement prévu, tout en poursuivant en parallèle le développement coûteux de son ambitieux jeu en ligne massivement multijoueur.

La chute

Le studio ne parvient à commercialiser qu’un seul jeu, « Kingdoms of Amalur : Reckoning », sorti en février 2012 par l’intermédiaire de sa filiale Big Huge Games. Salué par la critique, le titre s’écoule néanmoins à seulement 1,3 million d’exemplaires, un chiffre insuffisant face au seuil de rentabilité fixé à 2 millions d’exemplaires. Une ultime tentative de lever de nouveaux financements échoue en mai 2012, entraînant des licenciements massifs le 24 mai, avant que 38 Studios ne dépose officiellement le bilan le 7 juin 2012, avec 150,7 millions de dollars de dettes déclarées auprès de 1 079 créanciers, dont 115,9 millions dus à la seule agence publique du Rhode Island.

Les conséquences

Après plusieurs années de procédures judiciaires, les contribuables du Rhode Island se retrouvent à devoir assumer plus de 38 millions de dollars de dette liée à ce prêt garanti, tandis que le gouverneur Lincoln Chafee, qui s’était pourtant publiquement opposé à cet accord avant son entrée en fonction, se voit reprocher par certains d’avoir précipité l’effondrement du studio par ses déclarations publiques sur sa situation financière fragile. Une enquête pénale, conclue en 2016 sans inculpation, et une action de la Securities and Exchange Commission contre l’agence publique et la banque Wells Fargo, réglée à l’amiable en 2019, s’ensuivent, tandis qu’un règlement civil global atteint 61 millions de dollars entre l’ensemble des parties en 2017.

Et depuis ?

L’affaire 38 Studios reste depuis, dans la classe politique américaine, l’exemple de référence cité pour mettre en garde contre les prêts garantis par l’État consentis à des entreprises technologiques ou créatives non éprouvées, en particulier lorsqu’ils reposent sur la notoriété personnelle d’une figure publique plutôt que sur un modèle économique solidement établi. « Kingdoms of Amalur : Reckoning » connaît pour sa part une seconde vie inattendue : rachetés par un autre éditeur, ses droits permettent la sortie en 2020 d’une version remasterisée du jeu, seul héritage tangible laissé par le studio à sa disparition.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. 38 Studios — Wikipedia
  2. Kingdoms of Amalur: Reckoning — Wikipedia