lebonflop.fr

Pourquoi Yahoo a-t-il refusé 44,6 milliards de dollars avant de se vendre pour 4,8 milliards ?

En février 2008, Yahoo rejette une offre de rachat de Microsoft à 44,6 milliards de dollars, la jugeant trop basse. Huit ans plus tard, l’entreprise vend son activité principale à Verizon pour seulement 4,8 milliards de dollars.

Pièce n°023Par Anthony R. · Publié le 6 mai 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fondée en 1994 en Californie par deux étudiants diplômés de l’université Stanford, Jerry Yang et David Filo, sous la forme initiale d’un simple répertoire de sites internet baptisé « Jerry and David’s Guide to the World Wide Web », Yahoo devient rapidement l’un des tout premiers grands portails du web mondial. Au début de l’année 2008, Yahoo demeure l’un des grands portails internet historiques, doté d’une audience mondiale considérable, d’investissements significatifs dans la publicité en ligne, et de participations financières précieuses dans le chinois Alibaba et dans Yahoo Japan. L’entreprise traverse cependant une période de stagnation commerciale, distancée par la montée en puissance rapide de Google sur le marché publicitaire en ligne.

La décision

Le 1er février 2008, Microsoft propose de racheter l’intégralité de Yahoo pour 31 dollars par action, soit une valorisation totale d’environ 44,6 milliards de dollars, représentant une prime d’environ 62 % par rapport au cours de Bourse de Yahoo à la fin du mois de janvier. Le conseil d’administration de Yahoo, dirigé par son cofondateur et directeur général Jerry Yang, rejette formellement l’offre le 11 février 2008, estimant dans sa lettre de refus que le montant proposé sous-évalue significativement la marque mondiale de l’entreprise, son audience internationale, ses investissements publicitaires et ses participations stratégiques dans Alibaba et Yahoo Japan.

La chute

Microsoft tente dans un premier temps de faire monter les enchères, puis, face au refus persistant du conseil d’administration de Yahoo d’engager de véritables négociations, retire officiellement son offre en mai 2008. Le titre Yahoo, qui n’avait jamais véritablement atteint le niveau de valorisation implicite de l’offre de Microsoft avant son rejet, s’effondre dans les mois et les années qui suivent, l’entreprise ne parvenant jamais à retrouver une dynamique de croissance comparable à celle de ses principaux concurrents.

Les conséquences

En juillet 2012, Yahoo nomme à sa tête Marissa Mayer, ancienne cadre dirigeante de Google réputée pour son expertise produit, dans l’espoir de redresser durablement l’entreprise grâce à une série de refontes et d’acquisitions, dont celle de la plateforme de blogs Tumblr en 2013. Au cours des années suivantes, Yahoo traverse cependant plusieurs changements de direction générale et de stratégie sans parvenir à redresser durablement son activité principale, tandis que Google, Facebook et d’autres acteurs du numérique continuent d’accroître leur domination sur le marché publicitaire en ligne. En juillet 2016, Verizon Communications annonce le rachat de l’activité internet historique de Yahoo pour environ 4,83 milliards de dollars. La transaction n’est finalement conclue qu’en juin 2017, pour un montant révisé à la baisse d’environ 350 millions de dollars, après que Yahoo a dû reconnaître en cours de négociation l’existence de plusieurs failles de sécurité majeures ayant exposé les données personnelles de plus d’un milliard de comptes utilisateurs.

L’activité de Yahoo, rassemblée par Verizon avec celle du fournisseur d’accès internet AOL, également racheté séparément, change encore une fois de mains en mai 2021 : le fonds d’investissement Apollo Global Management en fait l’acquisition pour environ 5 milliards de dollars, changements de propriétaire qui illustrent la difficulté durable de l’entreprise à retrouver une trajectoire de croissance autonome depuis le refus de l’offre de Microsoft en 2008.

Et depuis ?

L’écart entre les 44,6 milliards de dollars offerts par Microsoft en 2008 et les 4,8 milliards finalement obtenus huit ans plus tard, soit une perte de valeur d’environ 40 milliards de dollars, fait de ce refus l’un des cas les plus fréquemment cités dans l’enseignement de la stratégie d’entreprise pour illustrer les risques d’une confiance excessive dans sa propre valorisation face à une offre de rachat jugée trop hâtivement insuffisante, sans anticiper correctement la trajectoire concurrentielle réelle de son secteur d’activité.

Microsoft connaîtra sept ans plus tard un revers du même ordre, mais côté acheteur cette fois, avec le rachat raté de Nokia.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. Timeline: The saga of Microsoft and Yahoo — IT Pro
  2. How Yahoo Destroyed Its Value — Zócalo Public Square
  3. Yahoo’s Mayer Buys Tumblr for $1.1 Billion Biggest Deal — Bloomberg
  4. Verizon sells media businesses including Yahoo and AOL to Apollo for $5 billion — CNBC
  5. Microsoft withdraws Yahoo offer — Al Jazeera