Comment le film indépendant le plus cher jamais tourné a-t-il failli couler son propre studio ?
Adapté de la bande dessinée française culte Valérian et Laureline, le film de Luc Besson devient en 2017, avec 197 millions d’euros de budget, le long-métrage indépendant le plus cher jamais produit hors des grands studios américains. Il ne rapporte que 226 millions de dollars dans le monde, très loin des 400 millions nécessaires pour rentrer dans ses frais, précipitant deux ans plus tard la faillite du studio EuropaCorp.
Le contexte
Adapté de la bande dessinée de science-fiction française Valérian et Laureline, créée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières et largement considérée comme l’une des influences majeures de Star Wars, le film de Luc Besson mobilise un budget de production estimé à 197 millions d’euros, financé de manière indépendante par sa propre société de production EuropaCorp, avec notamment 50 millions de dollars apportés par le studio chinois Fundamental Films dans le cadre d’une coproduction internationale associant la France, les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, la Belgique et les Émirats arabes unis. Ce montage financier fait du film le long-métrage indépendant le plus onéreux jamais réalisé hors des grands studios hollywoodiens traditionnels.
La décision
Besson confie les deux rôles principaux à Dane DeHaan et Cara Delevingne, deux acteurs alors encore peu établis comme véritables têtes d’affiche capables de porter un projet d’une telle ampleur budgétaire, un choix de casting qui suscitera par la suite d’importantes critiques quant à leur alchimie et leur charisme à l’écran. La campagne promotionnelle du film s’appuie notamment sur un extrait de la chanson « Because » des Beatles dans sa bande-annonce, une première historique puisqu’il s’agit alors du tout premier enregistrement original du groupe jamais utilisé dans une publicité cinématographique.
La chute
Sorti le 21 juillet 2017 aux États-Unis, Valérian ne rapporte que 17 millions de dollars lors de son week-end d’ouverture, très en dessous des 20 à 25 millions initialement projetés, et se retrouve directement concurrencé par la sortie du Dunkerque de Christopher Nolan, qui domine le box-office avec 50,5 millions de dollars de recettes la même semaine. Le film accumule finalement 226 millions de dollars de recettes mondiales, dont 62,1 millions rien qu’en Chine, mais les analystes du secteur estiment qu’il aurait fallu atteindre au moins 400 millions de dollars pour simplement rentrer dans ses frais et espérer justifier une suite.
L’accueil critique se révèle nettement partagé, le film n’obtenant que 48 % d’avis favorables sur l’agrégateur Rotten Tomatoes et une note moyenne de 51 sur 100 sur Metacritic, la plupart des critiques saluant la richesse visuelle de l’univers créé tout en déplorant un scénario jugé convenu et un déséquilibre marqué entre la profusion des décors et le manque de profondeur des personnages. Les spectateurs interrogés à la sortie des salles américaines par l’institut CinemaScore attribuent quant à eux au film une note moyenne de B-, reflétant un accueil poli mais sans réel enthousiasme.
Les conséquences
L’échec commercial du film porte un coup financier extrêmement sévère à EuropaCorp, dont le cours de bourse chute de plus de 8 % dès le lundi suivant le week-end d’ouverture américain décevant, la société annonçant en juin 2017 une perte nette de 120 millions d’euros directement liée au film. La situation continue de se dégrader dans les années suivantes : en mai 2019, EuropaCorp obtient un sursis de paiement de six mois auprès du tribunal de commerce français avant de se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites la semaine suivante, son action ne valant alors plus que 0,67 euro et la société ne disposant plus d’aucun film en tournage.
Et depuis ?
En février 2020, des investisseurs américains, menés par le fonds Vine Alternative Investments, prennent le contrôle de 60,15 % du capital d’EuropaCorp, mettant fin au contrôle majoritaire que Luc Besson exerçait jusqu’alors sur le studio qu’il avait lui-même fondé. La société se voit contrainte de céder plusieurs de ses actifs les plus précieux, dont sa division télévision rachetée par Mediawan dès 2018 et le catalogue de films Roissy Films cédé à Gaumont, démantelant progressivement l’empire audiovisuel patiemment bâti par Besson depuis les années 1990. Valérian reste depuis un cas d’école régulièrement cité en production cinématographique pour illustrer les risques démesurés d’un pari budgétaire aussi considérable reposant sur une propriété intellectuelle largement méconnue du grand public international.
Sources
- Valerian and the City of a Thousand Planets — Wikipedia
- EuropaCorp — Wikipedia
- Luc Besson — Wikipedia
- Valérian and Laureline — Wikipedia
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