Comment un tournage étalé sur trois ans a-t-il produit l’un des plus grands fours du cinéma ?
Débuté en 1998 avec un budget de 44 millions de dollars, le tournage de la comédie Town & Country s’étire sur près de trois ans à cause de retournages incessants exigés par Warren Beatty. Sorti en 2001 après douze reports, le film ne rapporte que 10,4 millions de dollars pour un coût final dépassant les 90 millions.
Le contexte
Réalisé par Peter Chelsom et réunissant une distribution particulièrement prestigieuse composée de Warren Beatty, Diane Keaton, Goldie Hawn, Garry Shandling, Andie MacDowell, Nastassja Kinski, Josh Hartnett et Charlton Heston, le tournage de cette comédie mettant en scène un architecte infidèle new-yorkais débute le 8 juin 1998 avec un budget initial de 44 millions de dollars, alors prévu pour s’achever dès l’automne suivant. Beatty, réputé de longue date pour son perfectionnisme extrême sur ses tournages, exige un nombre de prises considérablement supérieur à la normale, tandis que l’équipe de production se montre insatisfaite du dénouement initial imaginé par le scénariste Michael Laughlin, entraînant le recrutement successif de plusieurs autres scénaristes, dont Paul Attanasio puis Gary Ross, pour retravailler l’intrigue.
La décision
Dès avril 1999, les acteurs principaux doivent quitter le projet pour honorer d’autres engagements professionnels, contraignant la production à patienter une année entière avant de pouvoir les rassembler à nouveau pour de nouvelles réécritures, cette fois confiées au scénariste Buck Henry, payé environ 3 millions de dollars pour un travail initialement présenté comme une simple retouche de quelques semaines, mais qui se transforme finalement en plusieurs mois de réécriture touchant près de la moitié du scénario original. Les nouvelles prises de vues, censées ne durer initialement qu’une quinzaine de jours, débutent le 10 avril 2000 et se poursuivent en réalité jusqu’en juin de la même année, près de deux ans après le lancement initial du tournage, ajoutant notamment une nouvelle séquence de gala de mode servant de point culminant au film.
La chute
Après pas moins de douze reports successifs de sa date de sortie, Town & Country arrive finalement en salles le 27 avril 2001, pour un coût de production total estimé entre 90 et 105 millions de dollars, certaines sources évoquant même jusqu’à 125 millions en intégrant les frais de distribution limitée et de marketing engagés par le studio. Le film ne rapporte au final que 10,4 millions de dollars de recettes mondiales, un ratio catastrophique classant l’œuvre parmi les plus grands échecs financiers absolus de toute l’histoire du cinéma hollywoodien, selon plusieurs classements spécialisés publiés ultérieurement par la presse professionnelle américaine.
Les conséquences
L’accueil critique se révèle tout aussi désastreux que les résultats commerciaux, le film ne récoltant que 13 % d’avis favorables sur l’agrégateur Rotten Tomatoes, les critiques dénonçant notamment un montage jugé confus et décousu, conséquence directe des multiples campagnes de reprises de tournage successives, ainsi que des personnages si privilégiés et fortunés qu’ils peinent à susciter la moindre empathie du public. L’acteur Charlton Heston, dans un second rôle, remporte même le Razzie Award du pire second rôle masculin de l’année, une distinction peu enviable venant couronner symboliquement l’ensemble du naufrage artistique du projet.
Et depuis ?
Le magazine spécialisé The Hollywood Reporter classera plus tard le film au cinquième rang des plus importants fours commerciaux de toute la décennie 2000, tandis que le Los Angeles Times le rangera parmi les échecs les plus coûteux jamais enregistrés dans l’histoire du cinéma américain, aux côtés d’autres tournages tout aussi tumultueux ayant marqué les décennies précédentes. Town & Country demeure aujourd’hui un cas d’école régulièrement cité en production cinématographique pour illustrer les conséquences financières démesurées d’un tournage laissé sans discipline de calendrier suffisamment ferme, où l’absence de contrainte de temps clairement établie dès le départ permet à des révisions de script en apparence mineures de s’étaler sur plusieurs années consécutives, chaque report supplémentaire alourdissant mécaniquement la facture finale bien au-delà de ce qu’aurait justifié le concept relativement modeste et sans prétention du projet initial, une simple comédie de mœurs bourgeoises qui n’exigeait a priori aucune prouesse technique particulière.
Sources
- Town & Country (film) — Wikipedia
- Warren Beatty — Wikipedia
- Golden Raspberry Awards — Wikipedia
- Charlton Heston — Wikipedia
- List of most expensive films — Wikipedia
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