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Comment un seul inventeur a-t-il pu créer les deux pires catastrophes atmosphériques du XXe siècle ?

Ingénieur chez General Motors, Thomas Midgley Jr. invente en 1921 l’essence au plomb, dont il niera publiquement la toxicité malgré sa propre intoxication, puis en 1928 les chlorofluorocarbures, présentés comme un réfrigérant miracle avant de se révéler responsables de la destruction de la couche d’ozone. L’historien de l’environnement J. R. McNeill affirmera qu’il a eu « plus d’impact négatif sur l’atmosphère qu’aucun autre organisme dans l’histoire de la Terre ».

Pièce n°437Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Ingénieur chimiste travaillant sous la direction de Charles Kettering au laboratoire de recherche de General Motors à Dayton, dans l’Ohio, Thomas Midgley Jr. découvre en décembre 1921 que l’ajout de plomb tétraéthyle à l’essence permet de supprimer efficacement le cliquetis des moteurs à combustion interne. General Motors commercialise cet additif sous le nom volontairement neutre d’« Ethyl », dissimulant la présence de plomb dans sa dénomination commerciale et privilégiant ce composé breveté à l’éthanol, une alternative pourtant moins toxique mais nettement moins rentable pour l’entreprise.

La décision

La production industrielle de cet additif provoque dès 1923 et 1924 plusieurs décès et de graves intoxications au plomb parmi les ouvriers des usines de Dayton et du New Jersey chargées de sa fabrication. Pour rassurer publiquement l’opinion sur l’innocuité du produit, Midgley organise le 30 octobre 1924 une démonstration spectaculaire au cours de laquelle il verse du plomb tétraéthyle sur ses propres mains, approche un flacon du produit sous son nez et en inhale les vapeurs durant une minute entière, affirmant pouvoir répéter cet exercice quotidiennement sans le moindre risque, alors même qu’il avait lui-même déjà développé un saturnisme l’ayant contraint à un congé médical peu de temps auparavant.

La chute

Quelques années plus tard, alors que les réfrigérants alors disponibles comme l’ammoniac ou le dioxyde de soufre se révèlent toxiques, inflammables ou explosifs, Midgley met au point avec son collègue Albert Leon Henne le dichlorodifluorométhane, premier chlorofluorocarbure de l’histoire, commercialisé sous le nom de Freon et présenté comme une avancée décisive pour la réfrigération et la climatisation domestiques. L’équipe de recherche estime alors que la stabilité exceptionnelle de la liaison chimique entre carbone et fluor garantit l’absence de tout sous-produit nocif, une conviction qui s’avérera radicalement erronée des décennies plus tard, lorsque ces mêmes composés seront identifiés comme les principaux responsables de la destruction de la couche d’ozone stratosphérique.

Les conséquences

L’essence au plomb, popularisée dans le monde entier durant l’essentiel du XXe siècle, provoquera une exposition massive et durable des populations à un neurotoxique dont l’ampleur des dégâts sanitaires ne sera pleinement reconnue que des décennies après sa mise sur le marché initiale, les travaux du géochimiste Clair Patterson puis du pédiatre Herbert Needleman établissant à partir des années 1970 un lien direct entre exposition au plomb et baisse des performances scolaires des enfants. Une estimation publiée en 2011 évaluera à 322 millions le nombre cumulé de points de quotient intellectuel perdus chaque année à l’échelle mondiale du seul fait de cette exposition, avant que l’essence au plomb ne soit définitivement retirée de la vente dans le dernier pays encore concerné, l’Algérie, en juillet 2021. Les chlorofluorocarbures, généralisés entre-temps aux aérosols et aux inhalateurs médicaux, seront quant à eux progressivement interdits à l’échelle mondiale par le protocole de Montréal signé en 1987. L’historien de l’environnement J. R. McNeill résumera l’ampleur de cet héritage en affirmant que Midgley a eu « plus d’impact négatif sur l’atmosphère qu’aucun autre organisme unique dans l’histoire de la Terre », tandis que l’écrivain Bill Bryson lui prêtera un « instinct pour le regrettable presque surnaturel ».

Et depuis ?

Le magazine Time inclura les deux inventions de Midgley dans son classement des cinquante pires innovations de l’histoire. Frappé de poliomyélite en 1940, l’inventeur conçoit lui-même un système complexe de cordes et de poulies destiné à l’aider à sortir seul de son lit malgré son handicap ; le 2 novembre 1944, il meurt étranglé après s’être retrouvé pris au piège de ce dispositif, un décès que le médecin légiste qualifiera officiellement de suicide, bien que l’épisode soit encore aujourd’hui fréquemment présenté comme un accident. Cette double trajectoire, celle d’un inventeur salué de son vivant puis jugé rétrospectivement responsable de deux des plus graves catastrophes atmosphériques provoquées par l’homme, demeure un cas d’école régulièrement cité pour illustrer les limites d’une confiance scientifique excessive dans l’innocuité supposée d’une innovation encore insuffisamment éprouvée sur le long terme.

L’assèchement de la mer d’Aral, quatre décennies plus tard, illustrera à son tour comment une décision technique prise avec les meilleures intentions peut produire un désastre environnemental à très long terme ; The Population Bomb, en 1968, montrera à l’inverse qu’une prédiction environnementale alarmiste peut, elle, se révéler complètement infondée.

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Sources

  1. Thomas Midgley Jr. — Wikipedia
  2. Tetraethyllead — Wikipedia
  3. Montreal Protocol — Wikipedia