Comment la première station spatiale américaine a-t-elle valu à la NASA une amende pour dépôt de déchets ?
Faute d’un vaisseau capable de la remettre sur une orbite plus haute avant l’envol tardif de la navette spatiale, la station Skylab retombe sur Terre le 11 juillet 1979 de façon incontrôlée. L’essentiel des débris tombe dans l’océan Indien, mais une partie atterrit en Australie, où le comté d’Esperance inflige à la NASA une amende de 400 dollars pour dépôt de déchets.
Le contexte
Lancée le 14 mai 1973 depuis le Centre spatial Kennedy à bord de la dernière fusée Saturn V jamais utilisée, Skylab est la première station spatiale américaine, construite à partir d’un étage de fusée reconverti en laboratoire orbital. Dès la montée en orbite, des forces aérodynamiques arrachent le bouclier thermique et anti-météorites de la station, qui coince au passage l’un de ses deux grands panneaux solaires et arrache complètement l’autre. Privée d’une partie de son alimentation électrique et de toute protection thermique, la station voit sa température intérieure grimper à des niveaux rendant impossible toute occupation humaine et menaçant les vivres, les films photographiques et les expériences scientifiques déjà embarqués à bord.
La décision
Plutôt que d’abandonner la station avant même sa mise en service, la NASA reporte de dix jours le lancement du premier équipage pour concevoir dans l’urgence une solution de fortune : un parasol pliable, déployé le 26 mai 1973 par les astronautes Pete Conrad, Paul Weitz et Joseph Kerwin à travers un petit sas scientifique, qui fait office de bouclier thermique de remplacement et sauve la mission. Skylab accueille finalement trois équipages jusqu’en février 1974, totalisant 171 jours d’occupation cumulée et une moisson d’observations solaires et médicales alors inédite pour un programme spatial habité, avant d’être placée en veille avec l’intention de la réutiliser plus tard grâce à la navette spatiale, alors en développement, pour la remettre sur une orbite plus haute ou organiser sa rentrée atmosphérique de façon contrôlée.
La chute
Le programme de la navette accumule les retards, son premier vol n’ayant finalement lieu qu’en avril 1981 plutôt qu’en 1978 comme espéré au départ. Dans le même temps, une activité solaire plus intense que prévu dilate la haute atmosphère terrestre et accélère la perte d’altitude de Skylab, dont la rentrée, initialement anticipée pour le milieu des années 1980, est réévaluée dès 1977 à la mi-1979. Le 19 décembre 1978, la NASA annonce officiellement l’abandon de toute mission de reboost par navette et de tout contrôle actif de l’orientation de la station, laissant sa trajectoire de rentrée livrée au hasard des calculs de traînée atmosphérique. Le 11 juillet 1979, Skylab se désintègre dans l’atmosphère : l’essentiel des débris tombe dans l’océan Indien comme espéré, mais une partie s’éparpille sur le sud-ouest de l’Australie, notamment sur le comté d’Esperance, à environ 580 kilomètres à l’est de Perth.
Les conséquences
Aucune victime ni dégât matériel significatif n’est à déplorer, mais les autorités du comté d’Esperance, en Australie-Occidentale, ne l’entendent pas de cette oreille : en s’appuyant sur une loi locale ordinaire sur la propreté des espaces publics, elles infligent à la NASA une amende symbolique de 400 dollars australiens pour dépôt sauvage de déchets. L’agence spatiale américaine, qui ne dispose d’aucune représentation légale en Australie pour contester ou régler l’amende, la laisse purement et simplement impayée pendant trois décennies, sans qu’aucune procédure de recouvrement ne soit jamais sérieusement engagée par les autorités australiennes.
Et depuis ?
En 2009, à l’approche du trentième anniversaire de la rentrée de Skylab, l’animateur radio américain Scott Barley récolte auprès de ses auditeurs les 400 dollars nécessaires et règle lui-même l’amende au nom de la NASA, un geste largement repris par la presse internationale et entré depuis dans le Guinness des records comme la première amende pour dépôt de déchets depuis l’espace. L’épisode reste aujourd’hui l’anecdote la plus citée d’un programme par ailleurs considéré comme un succès technique majeur, et a nourri les réflexions ultérieures de la NASA sur la nécessité de prévoir, dès la conception d’un engin spatial, un plan de désorbitation contrôlée en fin de vie — une leçon appliquée depuis, entre autres, à la Station spatiale internationale.
Sources
- 45 Years Ago: Skylab Reenters Earth’s Atmosphere — NASA
- NASA’s Unpaid $400 Littering Ticket For Skylab Debris in Australia — Mental Floss
- NASA’s litter bill paid 30 years on — Skymania
- First fine for littering from space — Guinness World Records
- The Last Hurrah: Skylab’s 1978-1979 Unmanned Mission — National Space Society
Histoires liées





