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Comment un hôtel resté vide pendant plus de 30 ans est-il devenu la plus haute coquille de béton du monde ?

Lancé en 1987 pour devenir le plus grand hôtel du monde, le Ryugyong de Pyongyang atteint sa hauteur finale en 1992 avant que la faillite du régime nord-coréen n’interrompe le chantier. Resté vingt ans à l’état de carcasse de béton vide, il n’a toujours jamais accueilli le moindre client.

Pièce n°412Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Le 28 août 1987, la Corée du Nord lance à Pyongyang la construction d’un gigantesque hôtel en forme de pyramide, baptisé Ryugyong, conçu pour devenir à son achèvement le plus haut hôtel du monde avec ses 330 mètres de hauteur répartis sur 105 étages, complétés par trois niveaux souterrains supplémentaires. Les plans initiaux prévoient jusqu’à 7 665 chambres d’hôtel et cinq restaurants panoramiques rotatifs au sommet de l’édifice, un projet directement conçu comme une vitrine de la puissance et de la modernité du régime nord-coréen face à la Corée du Sud voisine. Le lancement du chantier répond directement à l’inauguration, l’année précédente à Singapour, du Westin Stamford par le groupe sud-coréen SsangYong, alors plus haut hôtel du monde : achevé dans les délais initialement prévus, le Ryugyong aurait dû le détrôner et se classer parmi les dix bâtiments les plus élevés de la planète, dans une rivalité architecturale directement héritée de la guerre froide opposant les deux Corées. La presse japonaise de l’époque estime le coût total du projet à environ 750 millions de dollars, une somme représentant à elle seule près de 2 % du produit intérieur brut nord-coréen, un investissement colossal rapporté à la taille réelle de l’économie du pays.

La décision

La structure de béton atteint sa hauteur définitive dès 1992, mais l’effondrement de l’Union soviétique l’année précédente prive brutalement la Corée du Nord de son principal soutien économique et commercial, plongeant le pays dans une grave crise financière qui rend impossible la poursuite du chantier au rythme prévu. Selon un responsable gouvernemental cité en 2008 par le Los Angeles Times, la construction est purement et simplement interrompue faute de moyens financiers suffisants pour poursuivre les travaux d’aménagement intérieur et l’installation des équipements nécessaires à l’ouverture effective de l’établissement.

La chute

L’édifice demeure ainsi pendant plus d’une quinzaine d’années à l’état de coquille de béton vide, totalement dépourvue de fenêtres, d’installations électriques ou de tout aménagement intérieur, visible depuis l’ensemble de la capitale nord-coréenne comme un rappel silencieux et embarrassant de l’ambition inaboutie du régime. La presse internationale finit par le surnommer ironiquement l’« hôtel de la catastrophe » ou l’« hôtel fantôme », certains observateurs le qualifiant même du « pire bâtiment du monde » en raison des doutes exprimés sur la solidité structurelle réelle de sa charpente de béton laissée à l’abandon pendant si longtemps.

Les conséquences

En avril 2008, le groupe de construction et de télécommunications égyptien Orascom relance brusquement le chantier après seize années d’interruption complète, dans le cadre d’un accord plus large portant sur un contrat de télécommunications de 400 millions de dollars conclu avec les autorités nord-coréennes. Les travaux permettent d’achever la façade extérieure vitrée de l’édifice dès juillet 2011, lui donnant enfin l’apparence achevée et futuriste initialement prévue, sans toutefois qu’aucun aménagement intérieur significatif ne suive cette rénovation purement esthétique de l’enveloppe du bâtiment.

Et depuis ?

En novembre 2012, le groupe hôtelier européen Kempinski annonce son intention de gérer l’établissement, laissant espérer une ouverture partielle dès la mi-2013. Ce projet est finalement suspendu dès mars 2013, le groupe précisant a posteriori que seules de simples discussions préliminaires avaient eu lieu sans qu’aucun accord ferme n’ait jamais été signé, un retrait largement attribué par les observateurs aux tensions internationales consécutives à un essai nucléaire nord-coréen mené la même année ainsi qu’aux risques économiques et aux retards de chantier persistants. Plus de trente-cinq ans après le lancement initial du chantier, l’hôtel Ryugyong n’a toujours jamais accueilli le moindre client payant, son intérieur demeurant à ce jour largement inachevé malgré l’installation en 2018 d’immenses écrans lumineux diffusant sur sa façade des messages de propagande visibles dans toute la capitale. Les autorités nord-coréennes recherchent aujourd’hui activement des exploitants internationaux de casinos susceptibles de financer l’achèvement des aménagements intérieurs encore manquants, transformant ce symbole longtemps embarrassant d’ambition inaboutie en un cas d’école mondialement connu des projets architecturaux les plus durablement inachevés de l’histoire contemporaine.

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Sources

  1. Ryugyong Hotel — Wikipedia
  2. Orascom — Wikipedia
  3. Pyongyang — Wikipedia
  4. Economy of North Korea — Wikipedia
  5. Dissolution of the Soviet Union — Wikipedia