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Comment une voiture sans montants de toit visant les « nids vides » a-t-elle coulé le dernier constructeur automobile français indépendant ?

Lancée en 2001, l’Avantime tente d’inventer un nouveau segment automobile à mi-chemin entre le monospace familial et le coupé de prestige, avec un toit sans montants et de larges portières à double charnière. Positionnée sur une cible de « nids vides » qui ne se reconnaît pas dans le concept, elle ne trouve que 8 557 acheteurs en deux ans, précipitant l’arrêt total de la production automobile chez Matra, son constructeur.

Pièce n°410Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Dessinée par le designer en chef de Renault, Patrick Le Quément, et présentée pour la première fois au salon de Genève sous le nom provisoire de « Coupéspace », l’Avantime propose un concept automobile alors totalement inédit : un véhicule à trois portes combinant l’habitabilité et la position de conduite surélevée d’un monospace familial avec les lignes et l’image de prestige d’un coupé de luxe. Sa production est confiée à Matra, partenaire industriel historique de Renault déjà responsable de la fabrication des trois premières générations du monospace Espace, sur son site de Romorantin-Lanthenay.

La décision

Le pari technique se révèle particulièrement ambitieux : l’Avantime se distingue par l’absence totale de montants de toit central, une prouesse structurelle ayant nécessité deux années supplémentaires d’ingénierie pour satisfaire aux normes de sécurité en vigueur, ainsi que par de larges portières à double charnière parallèle facilitant l’accès à bord tout en limitant leur débattement dans les parkings exigus. Un vaste toit vitré panoramique complète l’ensemble, actionnable en une seule commande baptisée « grand air » permettant d’ouvrir simultanément toutes les vitres ainsi que le toit ouvrant, tandis que la sellerie en cuir provient du tannage écossais réputé de Bridge of Weir. Renault positionne délibérément le véhicule auprès d’une clientèle de parents dont les enfants ont quitté le foyer familial, les fameux « nids vides », supposée vouloir conserver l’espace intérieur généreux d’un monospace sans en assumer plus longtemps l’image jugée trop familiale. Le véhicule est proposé avec trois motorisations, un quatre cylindres turbocompressé de 163 chevaux, un V6 de 207 chevaux et un diesel de 147 chevaux réservé aux marchés à conduite à gauche, et reçoit un accueil critique plutôt élogieux au sein de la presse automobile spécialisée, le magazine britannique Car saluant un habitacle qualifié d’« architectural et luxueux », tandis qu’Automobile Magazine loue en 2002 la vision créative « hors des sentiers battus » de son concepteur.

La chute

Ce positionnement marketing s’avère un calcul erroné : le concept, à mi-chemin entre deux catégories de véhicules bien établies, ne parvient à séduire ni les amateurs de coupés sportifs traditionnels ni les familles habituées aux monospaces classiques. Renault envisage un temps de commercialiser le modèle aux États-Unis sous la marque Infiniti, avant de renoncer, jugeant l’adaptation aux normes américaines trop coûteuse au regard des perspectives de vente. Seuls 8 557 exemplaires trouvent finalement preneur entre 2001 et 2003, un chiffre de vente parmi les plus faibles jamais enregistrés pour un modèle automobile de série produit à cette échelle industrielle.

Les conséquences

L’échec commercial de l’Avantime, combiné à la perte du contrat de fabrication du nouvel Espace de quatrième génération, désormais internalisé par Renault, précipite directement la chute financière de Matra. Le 27 février 2003, à peine un mois après l’arrêt de la production de l’Avantime, Matra Automobiles annonce la fermeture pure et simple de son usine de Romorantin-Lanthenay, qui produisait pourtant jusqu’à 60 000 véhicules par an à son apogée, mettant ainsi un terme définitif à toute activité de construction automobile pour cette entreprise pourtant présente dans le secteur depuis les années 1960.

Et depuis ?

L’Avantime demeure aujourd’hui un cas d’école régulièrement cité en stratégie de lancement de produit pour illustrer les risques inhérents à la création d’un segment de marché entièrement nouveau reposant sur une cible démographique dont l’existence réelle en tant que catégorie d’acheteurs cohérente n’avait jamais été suffisamment vérifiée au préalable. Devenue depuis un objet de collection recherché pour l’audace de son design, la voiture continue paradoxalement de jouir d’une image bien plus favorable aujourd’hui, plusieurs décennies après son échec commercial, qu’au moment même de sa commercialisation.

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Sources

  1. Renault Avantime — Wikipedia
  2. Matra — Wikipedia
  3. Renault Espace — Wikipedia
  4. Patrick Le Quément — Wikipedia