Pourquoi Xerxès a-t-il fait fouetter la mer après la destruction de son premier pont sur l’Hellespont ?
Pour envahir la Grèce en 480 av. J.-C., le roi perse Xerxès Ier fait construire deux ponts de bateaux sur l’Hellespont, aussitôt détruits par une tempête. Furieux, il fait décapiter les ingénieurs responsables et ordonne que le détroit lui-même soit fouetté et enchaîné en punition, avant qu’un second pont, bâti différemment, ne permette enfin à son armée de traverser.
Le contexte
En 480 av. J.-C., le roi perse Xerxès Ier lance la seconde invasion perse de la Grèce à la tête d’une armée gigantesque pour l’époque, rassemblée depuis toutes les provinces de son empire. Pour la faire traverser depuis l’Asie Mineure vers la Thrace, il doit franchir l’Hellespont (l’actuel détroit des Dardanelles), un bras de mer d’environ 1 300 mètres de large au point choisi, entre les villes d’Abydos et de Sestos. Il commande à des ingénieurs phéniciens et égyptiens la construction de deux ponts de bateaux permettant à l’armée et à son immense train logistique de passer sans avoir recours à la marine, alors jugée trop lente pour transporter des effectifs aussi considérables.
L’échec et le châtiment
Peu après leur achèvement, les deux ponts sont entièrement détruits par une violente tempête, avant même que l’armée n’ait pu s’y engager. Selon le récit de l’historien grec Hérodote, principale source antique de l’épisode, Xerxès réagit avec une fureur remarquée en faisant décapiter les ingénieurs jugés responsables de l’échec, puis en ordonnant un châtiment resté célèbre : le détroit doit recevoir trois cents coups de fouet, une paire d’entraves y est jetée en signe de soumission, et les hommes chargés de l’exécution doivent l’insulter en criant des formules dénonçant ses « eaux amères et saumâtres » qui ont osé s’opposer à la volonté du roi des rois.
La reconstruction
Les ingénieurs perses adoptent ensuite une méthode différente et bien plus robuste : au lieu de fixer directement les bateaux entre eux, deux nouveaux ponts sont assemblés à partir de plus de 674 navires au total (360 pour le pont nord-est, 314 pour le pont sud-ouest, selon les estimations tirées du récit d’Hérodote), maintenus par d’épais câbles tressés en lin blanc et en papyrus, jugés à l’époque plus résistants que le bois ou le métal pour absorber le mouvement de la houle. Sur ces deux ponts parallèles, l’armée perse et son bétail mettent sept jours et sept nuits complets à traverser l’Hellespont, l’un des ponts étant réservé aux troupes, l’autre au bétail et aux bagages.
Les conséquences
Le passage réussi de l’Hellespont permet à Xerxès de poursuivre son invasion vers le sud de la Grèce, où ses troupes remportent la célèbre bataille des Thermopyles avant d’être finalement repoussées lors des batailles navales de Salamine puis terrestre de Platées l’année suivante, mettant fin à l’expédition perse. L’épisode du pont détruit puis reconstruit, largement rapporté par Hérodote, sert dans l’Antiquité grecque d’illustration de l’hybris du roi perse, cette démesure qui pousse un souverain à croire pouvoir dominer jusqu’aux éléments naturels eux-mêmes.
Et depuis ?
Le récit du châtiment de la mer par Xerxès reste depuis l’Antiquité l’un des épisodes les plus souvent cités pour illustrer la démesure du pouvoir absolu face aux forces naturelles, repris par des historiens, des philosophes et des artistes à travers les siècles, y compris dans des gravures et peintures européennes bien postérieures aux faits. L’ouvrage lui-même, par sa prouesse technique finale, reste également étudié comme un exemple précoce d’ingénierie militaire à très grande échelle, la reconstruction ayant su tirer les leçons du premier échec pour aboutir à une traversée réussie en quelques jours seulement.
Le détroit des Dardanelles verra d’ailleurs se répéter, plus de deux millénaires plus tard, un autre épisode de franchissement resté célèbre : c’est là que le poète britannique Lord Byron traverse à la nage en 1810, en hommage au mythe de Léandre, popularisant durablement l’image de l’Hellespont comme un défi à la fois naturel et symbolique pour quiconque tente de relier l’Europe à l’Asie par ce point précis, qu’il s’agisse d’une armée entière ou d’un unique nageur.
Sources
- Xerxes’ Pontoon Bridges — Wikipedia
- Xerxès a fait relier l’Asie à l’Europe par 674 navires en 480 avant J.-C. — Sciencepost
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