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Pourquoi l’armée australienne a-t-elle perdu sa guerre contre les émeus en 1932 ?

Envoyée pour exterminer des milliers d’émeus ravageant les cultures d’Australie-Occidentale, une unité de l’armée australienne équipée de mitrailleuses Lewis échoue face à des oiseaux trop mobiles et dispersés. La campagne militaire est abandonnée après deux tentatives infructueuses.

Pièce n°058Par Anthony R. · Publié le 15 juillet 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Alors que la population totale d’émeus sauvages en Australie est aujourd’hui estimée entre 630 000 et 725 000 individus répartis sur l’ensemble du continent, à la fin de l’année 1932, des dizaines de milliers d’entre eux, grands oiseaux coureurs originaires d’Australie, migrent vers l’intérieur des terres de la région de Campion, en Australie-Occidentale, où ils causent d’importants dégâts aux cultures de blé des fermiers locaux, nombre d’entre eux d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale récemment installés sur ces terres dans le cadre d’un programme gouvernemental de colonisation agricole.

La décision

Face aux appels répétés des fermiers réclamant une intervention, le ministre australien de la Défense, Sir George Pearce, accepte de déployer une unité de l’artillerie royale australienne, équipée de deux mitrailleuses Lewis et d’environ 10 000 cartouches, sous le commandement du major Gwynydd Meredith, pour mener une opération de régulation de la population d’émeus présentée comme une simple mission de gestion de la faune sauvage plutôt que comme une opération militaire à proprement parler.

La chute

Capables de sprinter à près de 48 kilomètres à l’heure et de changer brusquement de direction pour échapper à un poursuivant, les émeus se révèlent des cibles bien plus insaisissables qu’anticipé par les autorités militaires, qui avaient largement sous-estimé les capacités physiques réelles de l’animal auquel elles s’attaquaient. L’opération, menée en deux temps entre novembre et décembre 1932, se révèle nettement plus difficile que prévu : les émeus, dispersés en petits groupes mobiles et particulièrement résistants, se dispersent bien avant que les tireurs ne puissent les viser efficacement, tandis que les mitrailleuses, montées sur des camions, s’enrayent fréquemment sur le terrain accidenté. Le major Meredith lui-même décrit plus tard les oiseaux comme dotés d’une résistance comparable à celle de « chars d’assaut » face aux tirs. Sur environ 9 860 cartouches tirées lors de la seconde tentative, seuls quelques centaines d’émeus sont effectivement abattus, un bilan que plusieurs historiens jugent d’ailleurs largement surestimé par les rapports officiels de l’époque.

Les conséquences

Face à l’inefficacité manifeste de l’opération et aux moqueries qu’elle suscite très rapidement dans la presse australienne et internationale, le ministre Pearce ordonne le retrait des troupes, mettant fin à toute implication militaire directe dans la lutte contre les émeus. Les autorités se tournent par la suite vers des solutions plus durables, notamment la construction de clôtures anti-émeus le long des zones agricoles et la mise en place d’un système de primes versées aux fermiers pour chaque émeu abattu par leurs propres moyens.

Le problème des émeus n’en persiste pas moins durablement dans la région : les campagnes d’abattage menées par les fermiers eux-mêmes, hors de toute implication militaire, se poursuivent tout au long des années 1930, avec environ 57 000 émeus tués au total en Australie-Occidentale sur la décennie, un chiffre bien supérieur au résultat, jugé dérisoire, de l’opération militaire elle-même.

Des députés du Parlement australien s’emparent eux-mêmes du sujet dès novembre 1932 : le député travailliste Rowley James demande ironiquement en pleine séance au premier ministre Joseph Lyons si une médaille allait être frappée pour récompenser les soldats de leur campagne, une pique restée célèbre dans les annales parlementaires du pays pour railler l’inefficacité de l’opération.

Et depuis ?

Devenue un épisode fréquemment cité avec amusement dans l’histoire militaire australienne, la « guerre des émeus » continue d’alimenter des œuvres de fiction, des documentaires et des références culturelles populaires près d’un siècle après les faits, souvent présentée comme l’exemple par excellence d’une opération militaire mal calibrée face à un adversaire naturel sous-estimé. L’épisode reste également cité dans l’enseignement de la gestion de la faune sauvage pour illustrer les limites d’une approche strictement militaire face à des problématiques relevant en réalité de la biologie et de l’aménagement du territoire.

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Sources

  1. Great Emu War — Wikipedia
  2. Emu — Wikipedia