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Pourquoi la « paix pour notre temps » promise à Munich en 1938 n’a-t-elle duré que onze mois ?

En septembre 1938, Chamberlain cède aux exigences d’Hitler sur la Tchécoslovaquie pour éviter la guerre et rentre à Londres promettre « la paix pour notre temps ». Moins d’un an plus tard, l’Allemagne envahit la Pologne et déclenche la Seconde Guerre mondiale.

Pièce n°001Par Anthony R. · Publié le 23 mars 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

À l’automne 1938, Adolf Hitler exige l’annexion des Sudètes, une région à majorité germanophone de l’ouest de la Tchécoslovaquie, invoquant le droit des populations allemandes qui y vivent à l’autodétermination. La crise fait planer la menace d’une guerre européenne généralisée, alors que la Tchécoslovaquie dispose d’alliances militaires avec la France et, indirectement, avec l’Union soviétique.

La décision

Le 29 septembre 1938, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain, le président du Conseil français Édouard Daladier, Adolf Hitler et le dirigeant fasciste italien Benito Mussolini se retrouvent à Munich pour négocier une issue à la crise — sans qu’aucun représentant tchécoslovaque ne soit convié aux discussions les concernant directement — les deux diplomates tchécoslovaques présents à Munich passent l’intégralité des négociations dans un hôtel de la ville, sous la garde de la police allemande, avant de se voir remettre au matin le texte de l’accord déjà signé ainsi qu’une carte des territoires que leur pays doit céder. Le gouvernement tchécoslovaque, dirigé par le président Edvard Beneš, avait pourtant préparé une défense militaire fondée sur une ligne de fortifications frontalières réputée solide, sans jamais avoir l’occasion de la mettre à l’épreuve. L’accord signé le lendemain, 30 septembre 1938, autorise l’annexion allemande des Sudètes en échange d’une promesse d’Hitler de ne formuler aucune autre revendication territoriale en Europe. Chamberlain, convaincu d’avoir ainsi évité un conflit armé, considère cette concession comme le prix nécessaire d’une paix durable.

La chute

De retour à Londres, Chamberlain brandit devant la foule rassemblée le document signé et déclare, dans une phrase restée célèbre : « Je crois que c’est la paix pour notre temps. » Cette annonce, accueillie avec un immense soulagement par une opinion publique britannique traumatisée par le souvenir encore vif de la Première Guerre mondiale, est cependant immédiatement critiquée par certains responsables politiques, au premier rang desquels Winston Churchill, qui dénonce une capitulation déguisée en victoire diplomatique. Moins de six mois plus tard, le 15 mars 1939, l’Allemagne viole ouvertement les termes de l’accord en envahissant le reste de la Tchécoslovaquie, démontrant que la promesse d’Hitler de n’émettre aucune autre revendication territoriale n’engageait en réalité que le papier sur lequel elle avait été couchée.

Edvard Beneš, jugeant la trahison des puissances occidentales impossible à accepter, démissionne de la présidence tchécoslovaque quelques semaines plus tard.

Les conséquences

Le 1er septembre 1939, moins d’un an après la signature de l’accord de Munich, l’Allemagne envahit la Pologne, déclenchant la Seconde Guerre mondiale que Chamberlain avait précisément cherché à éviter par sa politique de concessions. Le terme « apaisement » (appeasement), qui désignait jusque-là une approche diplomatique respectable consistant à désamorcer les tensions par la négociation, devient dans le vocabulaire politique et diplomatique un synonyme durable de faiblesse coupable face à un agresseur déterminé.

Et depuis ?

Winston Churchill, farouche opposant à l’accord dès sa signature en 1938, se voit attribuer une formule restée célèbre pour qualifier le choix de Chamberlain : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. » Chamberlain, dont la santé et la réputation politique se dégradent rapidement après le déclenchement du conflit, démissionne en mai 1940 et cède sa place à Winston Churchill, l’un de ses plus fervents critiques sur la question de Munich. L’expression « Munich » reste depuis, dans le langage diplomatique international, une référence quasi systématique invoquée pour mettre en garde contre toute concession territoriale jugée excessive face à un régime expansionniste, chaque nouvelle crise internationale donnant régulièrement lieu à des comparaisons, parfois contestées par les historiens, avec les circonstances précises de l’accord de 1938.

Cette même erreur de jugement sur les intentions de l’adversaire se retrouve deux ans plus tard dans la conception de la ligne Maginot, contournée par l’armée allemande en 1940 plutôt qu’attaquée là où on l’attendait.

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Sources

  1. Appeasement and “Peace for Our Time” — The National WWII Museum
  2. Munich Agreement — Encyclopædia Britannica
  3. The British Policy of Appeasement toward Hitler and Nazi Germany — United States Holocaust Memorial Museum
  4. Munich Agreement (September 1938) — tutor2u