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Comment le roi d’Angleterre Édouard II a-t-il perdu l’Écosse en un seul jour de bataille ?

En juin 1314, Édouard II d’Angleterre marche avec une armée écrasante pour délivrer le château de Stirling, dernier bastion anglais assiégé par les Écossais de Robert Bruce. Engagée sur un terrain resserré qu’elle n’a pas su exploiter, la cavalerie anglaise se brise sur les carrés de piquiers écossais, offrant à l’Écosse une victoire qui assure durablement son indépendance.

Pièce n°110Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Depuis près de vingt ans, l’Écosse mène une guerre d’indépendance contre la couronne anglaise, avec Robert Bruce, couronné roi d’Écosse en 1306 malgré une légitimité contestée, comme principal chef de la résistance. En juin 1314, la garnison anglaise du château de Stirling, verrou stratégique entre les Highlands et le sud de l’Écosse, est assiégée depuis des mois par les Écossais et sur le point de capituler faute de secours, ce qui pousse Édouard II à rassembler une armée considérable, estimée entre 15 000 et 20 000 hommes, pour aller lever le siège avant l’échéance fixée par un accord passé entre les deux camps.

La décision

Robert Bruce, disposant d’une armée bien plus modeste d’environ 6 000 à 8 000 hommes, essentiellement des piquiers organisés en carrés compacts appelés schiltrons, choisit délibérément d’attendre les Anglais sur un terrain étroit, bordé de marécages et coupé de petits cours d’eau, qui limite sévèrement la possibilité pour la cavalerie lourde anglaise de déployer son nombre et de manœuvrer sur les flancs. Édouard II, pressé par le temps et convaincu que la seule masse de ses troupes suffira à écraser une armée écossaise trois fois moins nombreuse, engage le combat sans chercher à contourner ce terrain défavorable ni à laisser le temps à ses archers, pourtant redoutables, de se positionner efficacement en amont de la charge de cavalerie.

La chute

Resserrée sur un espace bien trop étroit pour ses effectifs, la cavalerie anglaise se heurte de plein fouet aux carrés de piquiers écossais, dont les longues lances hérissées empêchent toute percée frontale efficace, tandis que les archers anglais, mal positionnés derrière leur propre cavalerie, ne peuvent tirer efficacement sans risquer de toucher leurs propres troupes. Le désordre grandissant dans les rangs anglais, aggravé par la panique de chevaux blessés refluant vers l’arrière, se transforme rapidement en déroute générale lorsque les Écossais, profitant de la confusion, chargent à leur tour et repoussent l’armée anglaise vers les marécages du ruisseau de Bannock, où de nombreux soldats se noient ou s’enlisent en tentant de fuir.

Les conséquences

Édouard II lui-même échappe de justesse à la capture et doit fuir le champ de bataille escorté d’une poignée de fidèles, laissant derrière lui plusieurs centaines de chevaliers tués ou capturés ainsi qu’une bonne partie de son équipement de siège abandonné sur place. Cette défaite humiliante affaiblit durablement l’autorité déjà contestée d’Édouard II sur sa propre noblesse anglaise, un affaiblissement qui contribuera, treize ans plus tard, à sa déposition puis à son assassinat en 1327 à l’instigation de son épouse Isabelle de France et de son amant Roger Mortimer.

Et depuis ?

Bannockburn reste, dans la mémoire nationale écossaise, la bataille fondatrice par excellence de l’indépendance du royaume, définitivement reconnue par l’Angleterre quatorze ans plus tard par le traité d’Édimbourg-Northampton de 1328, même si les hostilités entre les deux couronnes reprendront à intervalles réguliers pendant encore plusieurs siècles. Sur le plan strictement militaire, la bataille confirme, quelques décennies avant Crécy et Courtrai, que la cavalerie lourde féodale, aussi impressionnante soit-elle sur le papier, perd une grande partie de son efficacité dès lors qu’un terrain mal choisi l’empêche de déployer sa vitesse et sa masse contre une infanterie disciplinée et correctement organisée en formation défensive.

Le champ de bataille de Bannockburn, aujourd’hui préservé et doté d’un centre d’interprétation géré par le National Trust for Scotland, reste un lieu de pèlerinage patriotique majeur, en particulier lors des commémorations du septième centenaire de la bataille organisées en 2014, l’année même du référendum sur l’indépendance écossaise, une coïncidence calendaire abondamment commentée par la presse de l’époque. Robert Bruce lui-même, dont la légitimité royale restait contestée par une partie de la noblesse écossaise avant cette victoire, voit son autorité définitivement consolidée par ce succès, qui lui permet de régner sans plus grande contestation interne jusqu’à sa mort en 1329.

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Sources

  1. 24 juin 1314 - Victoire écossaise à Bannockburn — Herodote.net
  2. Bataille de Bannockburn — Wikipédia