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Pourquoi l’empereur romain Valens a-t-il attaqué les Goths sans attendre ses renforts à Andrinople ?

En 378, l’empereur romain d’Orient Valens affronte à Andrinople une coalition de Goths réfugiés dans l’Empire, sans attendre les renforts envoyés par son neveu Gratien. Piégé par une charge de cavalerie gothique surgie alors que la bataille était déjà engagée, il périt avec les deux tiers de son armée, dans ce qui reste l’un des pires désastres militaires de l’histoire romaine.

Pièce n°104Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

En 376, des dizaines de milliers de Goths, fuyant la poussée des Huns venus des steppes d’Asie centrale, demandent l’autorisation de s’installer comme réfugiés à l’intérieur des frontières de l’Empire romain d’Orient. L’empereur Valens l’accorde, mais l’incurie et la corruption des fonctionnaires romains chargés de les ravitailler, qui détournent les vivres promis pour les revendre à prix d’or, transforment rapidement cette installation pacifique en révolte armée menée par le chef goth Fritigern. Après deux ans d’affrontements indécis dans les Balkans, Valens décide de porter un coup décisif et rassemble à Andrinople, en Thrace, une armée d’environ 15 000 à 20 000 hommes.

La décision

Son neveu et coempereur d’Occident, Gratien, achemine des renforts substantiels mais accuse un retard imprévu après avoir lui-même dû repousser une incursion germanique sur le Rhin. Le 9 août 378, sous la pression de généraux impatients d’en découdre et jaloux par avance d’un succès partagé avec Gratien, Valens choisit de ne pas attendre ces renforts et engage le combat contre l’armée gothique de Fritigern, retranchée derrière un cercle de chariots (wagenburg) en position défensive dans la plaine proche de la ville, alors même que des négociations de paix étaient encore en cours.

La chute

Alors que les pourparlers traînent en longueur sous une chaleur écrasante qui épuise les troupes romaines restées en formation depuis le matin, la cavalerie gothique et alaine, absente du champ de bataille au début de l’engagement car partie chercher du fourrage, surgit soudainement sur le flanc et l’arrière de l’armée romaine déjà engagée contre l’infanterie retranchée. Prise en tenaille dans un espace resserré où elle ne peut manœuvrer, l’armée romaine sombre dans le chaos ; selon l’historien Ammien Marcellin, témoin indirect des événements, les deux tiers des troupes romaines périssent, et Valens lui-même disparaît dans la mêlée, son corps n’étant jamais retrouvé avec certitude.

Les conséquences

Le désastre d’Andrinople prive l’Empire romain d’Orient d’une grande partie de son armée de campagne et de son encadrement militaire expérimenté, dans un contexte où les frontières danubiennes restent durablement fragilisées. Le successeur de Valens, Théodose Ier, doit se résoudre en 382 à signer un traité inédit reconnaissant aux Goths le statut de fédérés autonomes à l’intérieur même des frontières impériales, plutôt que de les soumettre ou de les expulser comme l’aurait voulu la tradition romaine.

Et depuis ?

Comparée dès l’Antiquité au désastre de Cannes par les historiens romains eux-mêmes, la bataille d’Andrinople est aujourd’hui considérée par de nombreux médiévistes comme l’un des tournants symboliques amorçant le déclin de l’Empire romain d’Occident, en révélant la dépendance croissante de Rome envers des troupes fédérées qu’elle ne contrôle plus totalement. Sur le plan strictement militaire, la bataille marque aussi la démonstration éclatante de la supériorité de la cavalerie lourde sur l’infanterie de ligne romaine, une leçon tactique que les armées romaines ultérieures intègrent en renforçant durablement leurs propres corps de cavalerie. Certains historiens contemporains nuancent toutefois la portée de cette rupture, rappelant que l’Empire d’Orient survivra encore plus d’un millénaire après cette défaite.

Ammien Marcellin lui-même, dernier grand historien romain à écrire en latin et témoin de cette époque troublée, qualifie directement la défaite d’Andrinople de pire désastre subi par Rome depuis Cannes près de six siècles plus tôt, une comparaison reprise depuis par la quasi-totalité des historiens militaires modernes. L’incapacité de l’infanterie romaine, déjà en pleine mutation vers des effectifs plus réduits et moins bien entraînés qu’à l’apogée de l’Empire, à résister à une charge de cavalerie lourde massée est également considérée comme l’un des signes avant-coureurs d’une transformation profonde de l’art militaire européen, qui verra la cavalerie s’imposer comme arme dominante des champs de bataille pendant tout le haut Moyen Âge qui suit.

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Sources

  1. 9 août 378 - L’empereur Valens tué à Andrinople — Herodote.net
  2. Bataille d’Andrinople (378) — Wikipédia