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Comment l’inventeur de l’Ethernet a-t-il pu se retrouver à manger sa propre chronique sur scène ?

Convaincu qu’internet allait s’effondrer sous son propre succès dès 1996, l’inventeur de l’Ethernet et fondateur de 3Com Robert Metcalfe promet publiquement de « manger ses mots » si sa prédiction ne se réalise pas. Internet continue au contraire de croître sans incident majeur, et Metcalfe honore sa promesse à la lettre en 1997, mixant sa propre chronique imprimée avec du liquide avant de la boire devant le public d’une conférence internationale.

Pièce n°369Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Diplômé du MIT puis titulaire d’un doctorat en informatique de Harvard, Robert Metcalfe met au point la technologie Ethernet en 1973 aux côtés de David Boggs au sein du célèbre centre de recherche Xerox PARC, avant de fonder en 1979 l’entreprise réseau 3Com. Après avoir quitté la direction de cette dernière en 1990, il se consacre pendant une décennie à une carrière de chroniqueur technologique pour le magazine InfoWorld, où sa position d’ingénieur pionnier lui confère une autorité considérable dans le monde des télécommunications informatiques, renforcée par la popularité croissante de la loi qui porte son nom, décrivant la valeur exponentielle d’un réseau en fonction du nombre de ses utilisateurs connectés.

La décision

Dans sa chronique régulière publiée par le magazine InfoWorld en 1995, Metcalfe affirme avec assurance qu’internet, alors en pleine expansion fulgurante auprès du grand public, va connaître un « effondrement catastrophique » dès l’année suivante, submergé par une croissance du trafic que son infrastructure technique de l’époque ne pourrait tout simplement pas absorber. Convaincu de la justesse de son analyse, il prend l’engagement public de « manger ses mots » si sa prédiction d’effondrement ne se réalisait finalement pas, une expression idiomatique anglaise signifiant reconnaître publiquement et sans détour s’être lourdement trompé.

La chute

Contrairement à ce qu’il avait annoncé, internet continue de croître sans connaître le moindre effondrement généralisé, son infrastructure s’adaptant progressivement à la demande sans provoquer la catastrophe redoutée. Fidèle à sa parole, Metcalfe honore littéralement sa promesse lors de la sixième conférence internationale sur le World Wide Web en 1997 : sur scène, devant l’ensemble du public présent, il place un exemplaire imprimé de sa propre chronique dans un mixeur électrique avec un peu de liquide, avant de consommer directement la mixture obtenue. L’assistance, à qui l’on avait initialement proposé de faire imprimer ses mots sur un gâteau géant beaucoup plus facile à avaler, refusera collectivement cette option plus consensuelle au profit de cette version bien plus littérale et spectaculaire de l’expression « manger ses mots ».

Les conséquences

Cet épisode, largement relayé dans la presse spécialisée en technologie de l’époque, devient rapidement l’un des exemples les plus souvent cités d’auto-dérision publique assumée par une figure technique reconnue, contrastant avec la tendance plus commune des experts à minimiser ou à justifier a posteriori leurs prédictions erronées plutôt que de les reconnaître aussi ouvertement. Loin de nuire à sa réputation, cette mise en scène contribue au contraire à renforcer la popularité de Metcalfe dans l’industrie, perçu comme un expert suffisamment sûr de sa légitimité pour accepter publiquement de se tromper avec humour.

Et depuis ?

Metcalfe abandonne peu après sa carrière de chroniqueur pour se réorienter vers le capital-risque à partir de 2001, occupant la fonction d’associé général au sein du fonds Polaris Venture Partners, avant de rejoindre en 2011 l’université du Texas à Austin comme professeur au sein de son école d’ingénieurs, où il enseignera pendant une décennie jusqu’en 2021 des initiatives consacrées à l’innovation technologique. Il reçoit en 2003 la Médaille nationale de la technologie et de l’innovation des mains du gouvernement américain, avant de se voir décerner en 2022 le prix Turing, la plus haute distinction internationale décernée en informatique, une reconnaissance qui n’efface en rien le souvenir de sa prédiction erronée mais confirme au contraire que celle-ci n’a jamais entaché durablement sa réputation d’ingénieur pionnier. L’anecdote de sa chronique mixée et bue en public reste aujourd’hui régulièrement citée dans le secteur technologique comme un rappel salutaire de la prudence à observer face à toute prédiction catégorique sur l’avenir d’une infrastructure aussi imprévisible que celle d’internet.

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Sources

  1. Robert Metcalfe — Wikipedia
  2. Metcalfe's law — Wikipedia
  3. 3Com — Wikipedia