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Comment un film d’animation à 150 millions de dollars a-t-il coulé tout un studio Disney en 2011 ?

Sorti en mars 2011, le film d’animation en capture de mouvement Mars Needs Moms ne rapporte que 39 millions de dollars pour un budget de 150 millions. Disney ferme dans la foulée le studio ImageMovers Digital de Robert Zemeckis, qui l’avait produit.

Pièce n°184Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Sorti le 11 mars 2011, Mars Needs Moms est un film d’animation en capture de mouvement produit par Robert Zemeckis et son studio ImageMovers Digital pour Disney, adapté d’un livre pour enfants de Berkeley Breathed publié en 2007. Le scénario transforme cependant l’histoire d’origine, plutôt légère, en un récit nettement plus sombre où une société matriarcale de Martiens enlève les mères terriennes pour leur voler leurs compétences parentales avant de les éliminer, un virage tonal éloigné du ton familial habituel des productions Disney.

La décision

Zemeckis, qui a déjà utilisé la capture de mouvement photoréaliste sur Le Pôle Express et La Légende de Beowulf, mise à nouveau sur cette technologie coûteuse pour donner aux personnages une apparence quasi humaine et donner au public l’impression de personnages vivants plutôt que dessinés, au prix d’un budget de production qui atteint 150 millions de dollars — auxquels s’ajoutent d’importants frais de marketing portant l’investissement total de Disney à plus de 200 millions de dollars. Le studio choisit également de conserver le titre original du livre, en dépit de remontées d’études de marché suggérant qu’il pourrait décourager à la fois les garçons, peu enclins à voir un film mentionnant des « mamans » dans son titre, et les filles, peu attirées par un film centré sur Mars.

La chute

Le film s’effondre dès son premier week-end en salles, avec seulement 6,9 millions de dollars de recettes sur plus de 3 100 salles nord-américaines — la douzième pire ouverture jamais enregistrée pour un film distribué dans plus de 3 000 salles aux États-Unis. La critique pointe unanimement l’effet de « vallée dérangeante » du rendu photoréaliste des personnages, jugé plus perturbant qu’attachant, notamment pour le jeune héros Milo, dont les traits rappellent étrangement ceux de l’acteur trentenaire Seth Green qui lui prête sa voix et ses mouvements. Le film termine sa carrière avec environ 39 millions de dollars de recettes mondiales, loin des 150 millions de dollars de budget initial.

Les conséquences

Dès le mois suivant sa sortie, Disney ferme définitivement le studio ImageMovers Digital, fondé par Zemeckis pour développer cette technologie, mettant fin à l’emploi de plus de 450 salariés à Novato, en Californie, pour un coût de fermeture et de restructuration supplémentaire estimé à 80 millions de dollars. La perte totale pour Disney, film et fermeture de studio compris, dépasse les 200 millions de dollars, faisant de Mars Needs Moms l’un des plus gros échecs commerciaux relatifs de l’histoire du cinéma d’animation, alors même que le studio avait choisi de le distribuer directement sous sa propre marque plutôt que sous celle de Pixar, sa filiale d’animation la plus rentable.

Et depuis ?

L’échec met un terme brutal aux ambitions de Disney dans l’animation par capture de mouvement photoréaliste destinée au jeune public, et la leçon tirée sur le titre du film influence directement la sortie suivante du studio : John Carter of Mars, adapté d’Edgar Rice Burroughs, perd sa référence martienne dans son titre final pour devenir simplement John Carter — sans empêcher ce dernier de connaître, un an plus tard, un four commercial tout aussi retentissant. Mars Needs Moms reste aujourd’hui cité comme l’exemple le plus net de la « vallée dérangeante » appliquée à un long métrage familial, et comme un cas d’école sur les limites d’une technologie quand elle prend le pas sur l’histoire racontée. L’ampleur du fiasco pousse également Disney à abandonner durablement ses ambitions dans le long métrage d’animation pour la jeunesse reposant sur la capture de mouvement photoréaliste, un genre qui avait pourtant connu un certain engouement dans l’industrie au cours des années 2000.

Le Heaven’s Gate de Michael Cimino, trois décennies plus tôt, avait déjà montré comment un budget hors de contrôle pouvait précipiter la fermeture d’un studio tout entier — un sort que John Carter connaîtra à son tour l’année suivante, chez Disney également.

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Sources

  1. How Disney’s Mars Needs Moms Became 2011’s Biggest Box Office Flop — SlashFilm
  2. Many Culprits in Fall of a Family Film — CNBC (2011-03-15)
  3. Did The “Uncanny Valley” Kill Disney’s CGI Company? — Fast Company
  4. Mars Needs Moms — Wikipedia
  5. Disney’s Biggest Box-Office Bomb Changed The Studio as We Know It — Collider