Comment la bourse américaine a-t-elle pu perdre 22,6 % de sa valeur en une seule journée ?
Le 19 octobre 1987, l’indice Dow Jones chute de 508 points, soit 22,6 % de sa valeur, la plus forte baisse journalière en pourcentage de toute son histoire, effaçant 1 710 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Amplifié par des mécanismes automatisés d’« assurance de portefeuille » censés protéger les investisseurs, le krach se propage en cascade à travers les places boursières internationales avant que la Réserve fédérale, dirigée depuis deux mois à peine par Alan Greenspan, n’injecte 17 milliards de dollars de liquidités pour éviter une contagion à l’économie réelle.
Le contexte
Entre août 1982 et août 1987, l’indice S&P 500 triple de valeur, passant de 102,42 à 336,77 points, tandis que le Dow Jones bondit de 776 à 2 722 points, un marché haussier exceptionnel qui laisse craindre à plusieurs économistes, dont Martin Feldstein, l’existence d’une véritable bulle spéculative dans laquelle les cours progressent bien plus vite que ne le justifient les bénéfices réels des entreprises cotées. Le 11 août 1987, Alan Greenspan prend la présidence de la Réserve fédérale américaine, à peine deux mois avant que cette fragilité sous-jacente du marché ne se révèle au grand jour.
La décision
Plusieurs mécanismes techniques amplifient alors la nervosité ambiante des marchés : la pratique dite de l’« assurance de portefeuille », une technique de couverture consistant à vendre automatiquement des titres dès que les cours reculent, crée une boucle de rétroaction déstabilisante totalement déconnectée des fondamentaux économiques réels, tandis que le décalage d’ouverture entre les marchés à terme et les marchés actions déclenche des ventes automatisées en chaîne via des programmes de trading informatisés. Des déclarations publiques du secrétaire au Trésor américain James Baker évoquant une possible dévaluation du dollar ajoutent encore à l’inquiétude des investisseurs internationaux dans les jours précédant la crise.
La chute
Le 19 octobre 1987, le Dow Jones s’effondre de 508 points, soit une chute de 22,6 % en une seule séance, la plus forte baisse journalière en pourcentage de toute l’histoire de cet indice, tandis que le S&P 500 recule de son côté de 20,47 %. Le krach se propage en cascade à travers le monde entier, touchant d’abord les marchés asiatiques hors Japon, puis les places européennes, puis les États-Unis et enfin le Japon lui-même, dix-neuf des vingt-trois principales économies industrielles enregistrant un recul boursier supérieur à 20 %, Hong Kong subissant la chute la plus sévère avec un effondrement de 45,8 % de son propre indice.
Les conséquences
Dès le lendemain, le 20 octobre, Alan Greenspan publie une déclaration officielle affirmant que « la Réserve fédérale… a réaffirmé aujourd’hui sa disponibilité à servir de source de liquidités pour soutenir le système économique et financier », avant d’injecter dans les jours suivants environ 17 milliards de dollars de liquidités dans le système bancaire par le biais d’opérations d’open market, soit plus du quart des réserves bancaires du pays à cette date. Cette intervention rapide permet d’éviter une contagion durable à l’économie réelle aux États-Unis, comme en Allemagne de l’Ouest et au Japon, où une politique monétaire tout aussi accommodante limite fortement l’impact du krach sur l’activité économique, contrairement à la Nouvelle-Zélande, dont la banque centrale refuse tout assouplissement monétaire comparable et connaît en conséquence une récession prolongée s’étalant de 1987 à 1993, aggravée par l’effondrement conjoint de son marché immobilier.
Et depuis ?
Les autorités boursières américaines instaurent dans la foulée de nouveaux mécanismes de « coupe-circuit », permettant de suspendre temporairement les échanges en cas de baisse exceptionnellement brutale des cours, un dispositif qui sera notamment activé lors du krach boursier de mars 2020. Le marché des produits dérivés se transforme lui aussi durablement dans le sillage de la crise, les options sur actions ne présentant auparavant aucun « sourire de volatilité » distinct selon leur prix d’exercice avant d’en développer systématiquement un après le krach, reflet d’une perception désormais bien plus prudente du risque de mouvements de marché extrêmes. Le lundi noir de 1987 démontre ainsi, malgré l’absence de récession américaine durable, qu’un effondrement boursier privé d’une intervention rapide et déterminée des banques centrales peut potentiellement dégénérer en crise financière systémique bien plus large, une leçon directement appliquée lors des crises financières ultérieures des décennies suivantes.
Sources
- Black Monday (1987) — Wikipedia
- Alan Greenspan — Wikipedia
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