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Comment un clavier de calculatrice a-t-il coulé l’ordinateur familial d’IBM ?

En mars 1984, IBM lance le PCjr, une version bon marché de son PC destinée au foyer familial. Son clavier miniature façon calculatrice, jugé inutilisable pour une frappe sérieuse, et sa compatibilité logicielle très partielle avec le PC classique, condamnent l’appareil, retiré du marché en à peine un an malgré une campagne de communication massive.

Pièce n°166Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Annoncé le 1er novembre 1983 avec une publicité massive, l’IBM PCjr est présenté par le géant de l’informatique comme une version allégée et moins onéreuse de son PC professionnel, destinée à conquérir le marché naissant de l’ordinateur familial alors dominé par l’Apple II et le Commodore 64. Commercialisé à partir de mars 1984, à des prix allant de 669 dollars pour le modèle de base à 1 269 dollars pour la version équipée d’un lecteur de disquette, l’appareil doit permettre à IBM d’atteindre pour la première fois les foyers qui n’avaient jamais acheté d’ordinateur auparavant.

La décision

Pour distinguer le PCjr de son grand frère professionnel tout en réduisant ses coûts de fabrication, IBM le dote d’un clavier sans fil à infrarouge composé de petites touches plates façon calculatrice, plutôt que d’un clavier mécanique classique. L’appareil hérite en outre d’une compatibilité seulement partielle avec les logiciels conçus pour le PC standard, environ 60 % des programmes existants refusant de fonctionner correctement, dont des références aussi centrales que le traitement de texte WordStar ou le tableur Lotus 1-2-3, faute notamment d’un contrôleur d’accès direct à la mémoire présent sur le PC classique.

La chute

Le clavier miniature, jugé par la presse spécialisée totalement inadapté à une frappe sérieuse et pratiquement inutilisable au quotidien, devient rapidement la principale source de moqueries visant l’appareil. Face à l’ampleur des critiques, IBM se résout dès juillet 1984 à remplacer gratuitement les claviers déjà vendus par un modèle classique à touches mécaniques, une opération de rappel qui coûte à elle seule environ 5 millions de dollars pour 60 000 unités déjà écoulées. Les ventes, qui ne dépassent pas 10 000 exemplaires en mai 1984, ne décollent significativement qu’après d’importantes baisses de prix en fin d’année, portant le total à environ 240 000 à 275 000 unités vendues d’ici janvier 1985 — un chiffre resté très en deçà des ambitions initiales d’IBM sur le marché familial.

Les conséquences

IBM annonce l’arrêt complet de la production du PCjr le 19 mars 1985, soit à peine un an après son lancement, justifiant publiquement cette décision par le fait que le marché familial de l’ordinateur ne s’était pas développé aussi rapidement que l’entreprise et de nombreux observateurs l’avaient anticipé. L’échec reste toutefois d’une ampleur financière limitée à l’échelle du groupe : avec un chiffre d’affaires annuel de 46 milliards de dollars en 1984, la déconvenue du PCjr n’a qu’un effet marginal sur les comptes d’IBM, même si elle entache durablement l’image de l’entreprise sur le segment grand public.

Et depuis ?

L’échec du PCjr reste depuis régulièrement cité dans l’industrie informatique comme l’exemple archétypal d’un choix de conception mineur en apparence, un simple clavier, capable à lui seul de saborder un produit par ailleurs porté par la puissance marketing et la crédibilité technique d’un des plus grands noms de l’informatique mondiale. IBM se retire ensuite durablement du marché de l’ordinateur familial grand public, laissant le terrain libre à des concurrents comme Commodore et Apple pour dominer ce segment tout au long de la seconde moitié des années 1980.

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Sources

  1. IBM PCjr — Wikipedia
  2. IBM PCjr — Wikipédia