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Comment une chanson inventée dans un bar est-elle devenue l’un des plus grands fours du cinéma d’action ?

Né d’une chanson composée par Bruce Willis avec un ami dans un bar new-yorkais, le projet Hudson Hawk se transforme en film à 70 millions de dollars marqué par des réécritures permanentes sur le tournage. Sorti en 1991, il ne rapporte que 17 millions de dollars aux États-Unis et rafle trois Razzie Awards, avant de connaître des décennies plus tard une réhabilitation critique en film culte.

Pièce n°341Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Avant de devenir une star du cinéma, Bruce Willis travaillait comme barman à New York, où il compose avec son ami musicien Robert Kraft une chanson intitulée « The Hudson Hawk », inspirée d’un vent puissant soufflant depuis l’Hudson à travers Manhattan à l’automne. Devenu célèbre, Willis reprend cette idée des années plus tard pour en faire, selon les mots mêmes de Kraft, « l’anti-James Bond », un projet de film à fort potentiel de franchise qu’il coécrit lui-même, avant de convaincre le producteur Joel Silver, déjà associé à lui sur les deux premiers films Die Hard, de le produire.

La décision

Le tournage, réparti entre l’Italie, l’Angleterre et la Hongrie, se heurte rapidement à des réécritures permanentes du scénario directement sur le plateau, le budget grimpant de 42 à environ 70 millions de dollars sous l’effet conjugué de ces changements incessants et de tensions récurrentes entre le studio et son acteur-producteur-scénariste. L’acteur britannique Richard E. Grant, présent sur le tournage durant quatre mois, racontera plus tard dans ses mémoires avoir observé Bruce Willis visionner sans relâche ses propres gros plans sur les moniteurs de contrôle, tandis que Danny Aiello réclamait de son côté des réécritures répétées des scènes finales du film. Le tournage doit également composer avec un changement de casting en cours de route, l’actrice Maruschka Detmers devant abandonner son rôle après une blessure et être remplacée par Andie MacDowell.

La chute

Sorti en salles le 24 mai 1991, Hudson Hawk ne rapporte que 17 millions de dollars aux États-Unis et au Canada, provoquant une perte initiale estimée à 90 millions de dollars pour le studio. L’accueil critique se révèle tout aussi désastreux : le critique Roger Ebert le qualifie de « désastre complet », estimant que « chaque réplique part de zéro pour n’aboutir nulle part », tandis que Peter Travers écrit qu’« un film aussi indiciblement mauvais peut rendre un public un peu fou ». Sur l’agrégateur Rotten Tomatoes, seules 22 % des 130 critiques recensées se montrent favorables, la synthèse collective résumant le film comme « un ratage surréaliste et déroutant », tandis que Metacritic lui attribue une note moyenne de seulement 17 sur 100 à partir de quinze avis de presse spécialisée. Une voix dissidente se fait néanmoins entendre : la critique Jo Berry, du magazine Empire, lui accorde trois étoiles sur cinq, estimant que les qualités du film l’emportent finalement sur ses défauts. Le film rafle malgré tout trois Razzie Awards, dont ceux du pire film et du pire réalisateur pour Michael Lehmann, avec des nominations supplémentaires pour Willis lui-même ainsi que pour Grant et Sandra Bernhard.

Les conséquences

Les recettes internationales et les ventes en vidéo permettent finalement au film d’atteindre 97 millions de dollars de recettes mondiales cumulées, l’essentiel provenant des marchés étrangers où le film rencontre un accueil nettement plus favorable qu’aux États-Unis. Dès 1995, le film commence même à générer des bénéfices nets pour ses participants, dont Willis lui-même, un développement financier inattendu au regard du désastre critique initial largement documenté par la presse américaine au moment de sa sortie.

Et depuis ?

La réputation du film évolue considérablement au fil des décennies suivantes, la critique Jane Lamacraft le qualifiant en 2011, dans les pages du magazine Sight & Sound, de « plaisir oublié des salles multiplexes ». Hudson Hawk s’est depuis constitué un noyau de fans fidèles appréciant précisément son esthétique singulière et ses ambitions résolument surréalistes, faisant de ce naufrage commercial initial l’un des exemples les plus fréquemment cités d’un film aujourd’hui devenu profondément clivant, entre échec commercial incontestable et curiosité culte assumée par une partie du public.

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Sources

  1. Hudson Hawk — Wikipedia
  2. Bruce Willis — Wikipedia
  3. Golden Raspberry Awards — Wikipedia
  4. Roger Ebert — Wikipedia