lebonflop.fr

Comment un remake de Godzilla a-t-il pu être renié jusque par son propre studio japonais d’origine ?

Réalisé par Roland Emmerich pour 125 à 150 millions de dollars, le remake américain de Godzilla redessine intégralement la créature emblématique en un reptile digitigrade dépourvu de la posture verticale du monstre original, provoquant l’indignation des acteurs et responsables du studio japonais Toho. Ce dernier rebaptisera officiellement la créature « Zilla » en 2004, supprimant délibérément le « God » de son nom pour la désavouer publiquement.

Pièce n°324Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Après avoir acquis dès 1992 les droits d’adaptation américaine de Godzilla auprès du studio japonais Toho, TriStar Pictures confie finalement le projet, des années plus tard, au réalisateur allemand Roland Emmerich, alors auréolé du succès d’Independence Day. Le studio prévoit à l’origine une véritable trilogie autour du personnage, avec un budget de production compris entre 125 et 150 millions de dollars auquel s’ajoutent environ 80 millions de dollars de dépenses marketing pour assurer le lancement mondial du film.

La décision

Emmerich et son équipe redessinent intégralement l’apparence de la créature, abandonnant la posture verticale caractéristique du Godzilla japonais original au profit d’un reptile digitigrade à l’allure d’iguane évoluant à l’horizontale, une réinterprétation radicale destinée à rendre le monstre plus crédible sur le plan biologique aux yeux du public occidental. Cette refonte esthétique suscite une indignation quasi unanime chez les responsables et anciens interprètes du personnage original : l’acteur japonais Haruo Nakajima, qui incarnait Godzilla en costume dans les films originaux, déclare que « son visage ressemble à celui d’un iguane et son corps à celui d’une grenouille », tandis que son successeur Kenpachiro Satsuma quitte purement et simplement une projection du film en affirmant que « ce n’est pas Godzilla, il n’en a pas l’esprit ».

La chute

Le film reçoit un accueil critique très sévère à sa sortie, ne recueillant que 20 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes et une note de 32 sur 100 sur Metacritic. Le critique Roger Ebert lui attribue seulement une étoile et demie sur quatre, estimant qu’« il faut soigneusement réprimer toute pensée intelligente pour regarder un tel film », tandis que le critique James Berardinelli le qualifie tout simplement de « l’un des blockbusters les plus stupides jamais réalisés », et que le critique du New York Times Stephen Holden juge le scénario si maladroitement construit qu’il donne « l’impression d’être deux films entièrement différents recollés ensemble ». Les fans les plus puristes de la franchise japonaise inventent même un surnom moqueur pour désigner cette version américaine dénaturée, « GINO », pour Godzilla In Name Only, littéralement « Godzilla de nom seulement », un terme forgé par le critique Richard Pusateri et rapidement adopté par toute une communauté de fans déçus. Le réalisateur japonais Shusuke Kaneko ira jusqu’à observer que le public américain semblait tout simplement « incapable d’accepter une créature qu’on ne puisse pas maîtriser à mains nues ».

Les conséquences

Face à ce rejet à la fois critique et communautaire, les studios abandonnent leurs projets initiaux de suite malgré un scénario déjà commandé, laissant expirer leurs droits d’adaptation le 20 mai 2003. Toho choisit alors de reprendre officiellement possession du personnage en 2004 dans le film Godzilla: Final Wars, où la créature américaine y est explicitement rebaptisée « Zilla », le producteur Shōgo Tomiyama expliquant que la version d’Emmerich avait selon lui « retiré le Dieu de Godzilla » en le réduisant au rang de simple animal, un choix de nom faisant également écho, non sans ironie, aux nombreux produits de contrefaçon commercialisés sous des suffixes en « -zilla ».

Et depuis ?

Plutôt que de prolonger l’aventure au cinéma, TriStar se rabat sur une série animée diffusée entre 1998 et 2000, Godzilla: The Series, qui réécrit purement et simplement la fin du film original en faisant du docteur Tatopoulos le père adoptif d’un œuf survivant à l’attaque finale, permettant à la créature de continuer d’exister sous une forme plus consensuelle tout en prenant discrètement ses distances avec le long-métrage largement tourné en ridicule. L’échec critique de ce Godzilla américain demeure aujourd’hui un cas d’école régulièrement cité pour illustrer les risques d’une adaptation occidentale qui modifie trop radicalement l’essence même d’une figure culturelle étrangère profondément ancrée dans son pays d’origine.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. Godzilla (1998 film) — Wikipedia
  2. Toho — Wikipedia
  3. Godzilla: Final Wars — Wikipedia