Comment un nageur ayant failli se noyer a-t-il pu devenir l’un des visages les plus aimés des Jeux olympiques ?
Formé seulement huit mois avant les Jeux de Sydney 2000 dans une piscine d’hôtel de douze mètres, le nageur équato-guinéen Eric Moussambani se retrouve à disputer seul sa série du 100 mètres nage libre après la disqualification de ses deux adversaires pour faux départs. Il achève la course en 1 minute 52 secondes et 72 centièmes, plus du double du temps du vainqueur olympique, frôlant la noyade sur les quinze derniers mètres sous les acclamations du public conquis.
Le contexte
Né en 1978 à Malabo, capitale de la Guinée équatoriale, Eric Moussambani ne s’initie à la natation que huit mois avant les Jeux olympiques de Sydney 2000, s’entraînant dans des conditions extrêmement précaires : une piscine d’hôtel de seulement douze mètres de long à Malabo, à laquelle il n’a accès qu’une heure par jour entre cinq et six heures du matin, complétée par quelques séances de pratique supplémentaires en lac dans les environs de la capitale. Il n’a alors jamais vu de sa vie un bassin olympique réglementaire de cinquante mètres avant son arrivée en Australie.
La décision
Moussambani se qualifie pour les Jeux grâce au programme d’universalité olympique, un dispositif destiné à permettre aux athlètes de pays disposant d’infrastructures sportives insuffisantes de participer aux Jeux malgré l’absence de tout temps de qualification habituellement requis. Le 19 septembre 2000, il s’aligne au départ de sa série du 100 mètres nage libre masculin, une épreuve pour laquelle il n’a strictement aucune expérience de compétition officielle préalable.
La chute
Ses deux adversaires de série étant tous deux disqualifiés pour faux départ, Moussambani se retrouve à devoir parcourir seul l’intégralité du bassin sous le regard du public et des caméras du monde entier. Il achève sa course en 1 minute, 52 secondes et 72 centièmes, plus du double du temps du vainqueur olympique de l’épreuve, établi à 48 secondes et 30 centièmes, un chronomètre qui demeure à ce jour le temps le plus lent jamais enregistré sur cette distance aux Jeux olympiques. Il confiera lui-même après coup que « les quinze derniers mètres ont été très difficiles », frôlant véritablement la noyade sous les yeux inquiets des sauveteurs présents au bord du bassin.
Les conséquences
Loin de susciter la moindre moquerie durable, sa performance déclenche au contraire une vague d’affection immédiate de la part du public présent dans l’enceinte, qui l’acclame chaleureusement jusqu’au bout de son parcours, la presse internationale le surnommant aussitôt « Eric l’Anguille ». Sa performance inspire dans la foulée un intérêt comparable pour sa compatriote Paula Barila Bolopa, qui établit à son tour le temps le plus lent de l’histoire olympique sur 50 mètres nage libre chez les femmes, avec un chronomètre de 1 minute et 3,97 secondes, confirmant que l’engouement suscité par Moussambani dépassait largement le seul cadre de sa propre performance individuelle.
Et depuis ?
Les commentateurs de l’époque n’hésitent d’ailleurs pas à le comparer directement au sauteur à ski britannique Eddie the Eagle, popularisé douze ans plus tôt aux Jeux d’hiver de Calgary, tant les deux histoires se rejoignent dans leur célébration commune d’un amateurisme assumé au plus haut niveau de la compétition sportive mondiale. Moussambani participe par ailleurs dès 2001 aux championnats du monde de natation de Fukuoka, au Japon, où il termine 88e sur 92 concurrents du 50 mètres nage libre, devenant à cette occasion le tout premier athlète masculin de l’histoire de son pays à disputer cette épreuve sur la scène internationale. Il poursuit sa progression dans les années suivantes, ramenant son meilleur temps personnel à 52,18 secondes dès 2006, plus d’une minute de moins que sa performance olympique initiale, avant de devenir en mars 2012 l’entraîneur de l’équipe nationale de natation de la Guinée équatoriale, transmettant à son tour toute l’expérience acquise durant sa propre carrière à une nouvelle génération de jeunes nageurs de son pays d’origine. L’histoire d’Eric l’Anguille demeure aujourd’hui l’un des symboles les plus fréquemment cités de l’esprit olympique authentique, illustrant qu’une performance sportive objectivement très modeste peut malgré tout incarner, aux yeux du grand public, l’une des valeurs les plus profondément attachées à la compétition olympique elle-même.
Sources
- Eric Moussambani — Wikipedia
- 2000 Summer Olympics — Wikipedia
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