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Comment l’arrestation de son fondateur pour trafic de cocaïne a-t-elle achevé un constructeur automobile déjà en faillite ?

Lancée en 1981, la DeLorean DMC-12 ne trouve pas son public malgré des listes d’attente prometteuses avant sa sortie : ses ventes plafonnent à environ 6 000 exemplaires, loin des 10 000 à 12 000 nécessaires à l’équilibre financier. Le 19 octobre 1982, alors que l’entreprise sombre déjà, son fondateur John DeLorean est arrêté dans le cadre d’un coup monté du FBI pour trafic de cocaïne.

Pièce n°144Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Ancien cadre dirigeant de General Motors, John DeLorean fonde sa propre marque automobile le 24 octobre 1975 avec l’ambition de produire une voiture de sport à la silhouette futuriste, en acier inoxydable brut et dotée de portes papillon. Pour financer l’usine de production, installée à Dunmurry près de Belfast, en Irlande du Nord, le gouvernement britannique investit environ 120 millions de dollars sur un budget de lancement total avoisinant les 200 millions, dans l’espoir de créer des emplois dans une région alors frappée par les violences intercommunautaires du conflit nord-irlandais.

La décision

La DMC-12 entre en production début 1981 et se vend au prix de 25 000 dollars, l’équivalent d’environ 89 000 dollars actuels. Malgré des listes d’attente prometteuses avant son lancement, la voiture souffre dès ses premiers exemplaires de nombreux défauts de fabrication documentés : ajustement imparfait des panneaux de carrosserie, alternateurs sous-dimensionnés et portes papillon mal réglées, au point que l’entreprise doit ouvrir des centres de contrôle qualité en Californie, dans le New Jersey et dans le Michigan pour tenter de corriger ces défauts avant la livraison aux concessionnaires.

La chute

Les ventes de la DMC-12 plafonnent à environ 6 000 exemplaires, très en deçà du seuil de 10 000 à 12 000 voitures nécessaire à l’équilibre financier de l’entreprise, sur un total d’environ 9 000 véhicules fabriqués. Le 19 octobre 1982, alors que l’entreprise se trouve déjà au bord de la faillite, John DeLorean est arrêté dans un motel proche de l’aéroport de Los Angeles à l’issue d’une opération montée par le FBI, où des agents infiltrés lui présentent une mallette contenant 25 kilogrammes de cocaïne, dans le cadre de ce qui devait être le financement d’une importation de cocaïne colombienne évaluée à 24 millions de dollars. La DeLorean Motor Company dépose le bilan une semaine plus tard, le 26 octobre 1982.

Les conséquences

John DeLorean est finalement acquitté de toutes les charges liées au trafic de drogue en août 1984, son avocat parvenant à convaincre le jury qu’il avait été victime d’un coup monté et poussé à agir par les agents infiltrés eux-mêmes. Cet acquittement ne suffit toutefois pas à sauver l’entreprise, dont la faillite est déjà consommée depuis près de deux ans, ni à effacer l’association durable entre le nom DeLorean et ce scandale retentissant dans l’esprit du grand public.

Et depuis ?

Paradoxalement, la notoriété de la DeLorean DMC-12 explose quelques années plus tard grâce à son rôle de machine à voyager dans le temps dans la trilogie de films « Retour vers le futur », qui en fait une icône culturelle mondiale bien après la disparition de l’entreprise qui l’a construite. L’écart entre le succès commercial médiocre de la voiture à sa sortie et son statut culte acquis depuis reste un cas d’école régulièrement cité pour illustrer combien la mémoire collective peut effacer, avec le temps, la réalité économique d’un échec industriel.

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Sources

  1. DeLorean Motor Company — Wikipedia
  2. John Z. DeLorean is arrested in $24 million cocaine deal — History.com