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Comment deux fillettes ont-elles convaincu le créateur de Sherlock Holmes de l’existence des fées ?

En 1917, deux cousines anglaises photographient de simples découpages en carton pour se faire passer pour des fées. En 1920, Arthur Conan Doyle, créateur de Sherlock Holmes, publie les clichés en les défendant comme authentiques, avant que la supercherie ne soit avouée en 1983.

Pièce n°138Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

En juillet 1917, dans le village de Cottingley, dans le Yorkshire, les cousines Elsie Wright, 16 ans, et Frances Griffiths, 9 ans, empruntent l’appareil photo du père d’Elsie pour prouver à leurs parents, sceptiques, l’existence des fées que Frances prétend voir près du ruisseau voisin. Les deux photographies qu’elles rapportent montrent Frances entourée de silhouettes ailées dansantes — en réalité de simples découpages en carton, copiés sur des illustrations du livre pour enfants Princess Mary’s Gift Book et maintenus debout à l’aide d’épingles à chapeau plantées dans l’herbe.

La décision

Restées deux ans une simple curiosité familiale, les photographies ressurgissent à la mi-1919 lorsque la mère d’Elsie les montre lors d’une conférence de la Société théosophique à Bradford, où elles retiennent l’attention d’Edward L. Gardner, l’un des responsables du mouvement, puis de l’écrivain Arthur Conan Doyle, créateur de Sherlock Holmes mais aussi adepte fervent du spiritisme depuis la mort de son fils pendant la Première Guerre mondiale. En juillet 1920, Gardner se rend lui-même à Cottingley avec deux appareils photo et des plaques discrètement marquées pour obtenir de nouveaux clichés ; les cousines en rapportent trois supplémentaires en l’espace de quelques semaines. Doyle, alors en tournée de conférences en Australie, reçoit la nouvelle par télégramme et se dit le cœur « comblé » par ces « trois images merveilleuses ». Malgré le refus de Kodak de certifier l’authenticité des photographies et un rapport du laboratoire concurrent Ilford évoquant explicitement « des indices de trucage », Doyle choisit de ne retenir que les avis les plus favorables et décide de publier l’ensemble des cinq clichés dans un article intitulé « Fairies Photographed » paru dans le numéro de décembre 1920 du magazine The Strand.

La chute

La publication déclenche une controverse immédiate et embarrassante pour l’un des auteurs les plus respectés du Royaume-Uni : le romancier Maurice Hewlett ironise publiquement en suggérant que les fillettes se sont bien moquées de lui, tandis que le major John Hall-Edwards dénonce sa crédulité et met en garde contre le risque de transmettre aux enfants des idées jugées absurdes. Doyle persiste néanmoins, publiant en 1922 un livre entier, The Coming of the Fairies, défendant l’authenticité des photographies et y voyant une confirmation tangible de ses convictions spirites, bien plus qu’une simple curiosité photographique.

Les conséquences

Elsie et Frances, désormais adultes, continuent de nier pendant plus de soixante ans avoir fabriqué les images, trop embarrassées, expliqueront-elles plus tard, à l’idée d’avoir dupé « un homme aussi brillant » que Conan Doyle. Ce n’est qu’en 1983 que les deux femmes reconnaissent enfin publiquement la supercherie, révélant la technique des découpages en carton — à l’exception notable de la cinquième et dernière photographie, qu’Elsie qualifie elle-même de truquée mais que Frances continue, jusqu’à sa mort en 1986, de défendre comme authentique, évoquant une possible double exposition accidentelle.

Et depuis ?

L’affaire des fées de Cottingley reste depuis un cas d’école cité aussi bien dans l’histoire de la photographie truquée que dans les études sur la psychologie de la croyance, illustrant comment une manipulation grossière — de simples découpages en carton maintenus par des épingles, visibles avec le recul sur les négatifs originaux — peut convaincre durablement un esprit par ailleurs rationnel dès lors qu’il souhaite ardemment y croire. Les appareils photo originaux, les plaques de verre et les tirages d’époque sont aujourd’hui conservés au National Science and Media Museum de Bradford, non loin du lieu même où les deux cousines avaient mis en scène leurs fées de carton, au bord d’un modeste ruisseau du Yorkshire, près d’un siècle plus tôt.

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Sources

  1. Cottingley Fairies — Wikipedia
  2. Fairies and Fake News: Lessons of the 1917 Cottingley Hoax — TIME
  3. Fooled by fairies — University of Leeds
  4. The Cottingley Fairies — Historic UK
  5. The Curious Case of Sir Arthur Conan Doyle and the Cottingley Fairies — The Victorian Web