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Pourquoi Steven Bochco a-t-il transformé sa série policière en comédie musicale en 1990 ?

Fort d’un contrat exceptionnel de dix séries avec ABC, Steven Bochco tente en 1990 une expérience radicale : une série policière entrecoupée de numéros musicaux chantés par les personnages. Cop Rock est annulée après onze épisodes, mais Bochco ne regrettera jamais l’expérience.

Pièce n°137Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 3/5 — Gros flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

À la fin des années 1980, Steven Bochco s’est imposé comme l’un des producteurs de télévision les plus respectés d’Hollywood grâce au succès critique de Hill Street Blues puis de L.A. Law, deux séries qui ont durablement renouvelé les codes du drame policier et judiciaire américain. En 1987, la chaîne ABC lui offre en récompense un contrat exceptionnel portant sur dix futures séries, lui garantissant une liberté créative quasiment sans précédent dans l’industrie télévisuelle de l’époque.

La décision

Bochco décide d’utiliser cette liberté pour tenter, avec son coscénariste William M. Finkelstein, une expérience radicale directement inspirée du feuilleton britannique The Singing Detective de Dennis Potter, diffusé par la BBC en 1986 : Cop Rock, une série policière classique centrée sur un commissariat de Los Angeles, dont l’intrigue est régulièrement interrompue par des numéros musicaux chantés et chorégraphiés par les personnages eux-mêmes, jusque dans des scènes aussi improbables qu’un jury de tribunal entonnant en chœur gospel un « Il est coupable » retentissant. Composée notamment par Randy Newman, la série est produite pour un budget total estimé entre 13 et 22 millions de dollars sur sa saison, un investissement conséquent pour un format aussi expérimental sur un grand réseau généraliste américain.

La chute

Diffusé à partir du 26 septembre 1990, le pilote attire pourtant 14,3 millions de téléspectateurs, portés par la curiosité suscitée par le concept insolite, mais l’audience s’effondre rapidement au fil des épisodes suivants, jusqu’à un peu moins de 6,5 millions de téléspectateurs. Face à cette chute, ABC, qui n’avait garanti la commande que pour treize épisodes, presse Bochco d’abandonner les séquences musicales pour transformer la série en policier classique ; Bochco refuse catégoriquement, préférant assumer son concept jusqu’au bout plutôt que de le dénaturer.

Les conséquences

La série est annulée après seulement onze épisodes diffusés, le dernier le 26 décembre 1990, faisant de Cop Rock l’un des échecs commerciaux les plus commentés de l’histoire récente de la télévision américaine à l’époque. Le magazine TV Guide la classera d’ailleurs en 2002 au huitième rang de son palmarès des « 50 pires émissions de télévision de tous les temps », la qualifiant de « comédie musicale télévisée la plus bizarre jamais produite ». La série reçoit pourtant, la même année que sa diffusion, deux Emmy Awards, dont celui de la meilleure musique et paroles originales pour Randy Newman sur l’épisode pilote — une distinction décrochée au beau milieu d’un échec unanimement reconnu par la critique comme par le public, qui peine dès les premières semaines à accepter l’idée de voir des policiers ou des membres d’un jury se mettre soudainement à chanter en pleine scène d’action ou d’audience.

Et depuis ?

Interrogé bien après l’annulation, Bochco n’exprimera jamais le moindre regret sur cette expérience : « Certains diraient probablement que je n’ai pas réfléchi. Je pensais que Cop Rock était une expérience formidable. Mais la plupart des gens, je crois, en ont été gênés », confiera-t-il en 2003, avant d’ajouter que la série reste l’une de celles qu’il a pris le plus de plaisir à produire de toute sa carrière. Il résumera plus tard sa philosophie en une formule restée célèbre : « Quand on a la garantie de voir autant d’épisodes diffusés et qu’on ne tente rien d’audacieux, d’aventureux et d’expérimental, alors honte à soi. » Cop Rock reste depuis un cas d’école cité dans les écoles de cinéma et de télévision pour illustrer le prix, souvent élevé mais parfois assumé sans regret, d’une prise de risque créative totale, assumée jusqu’au bout par son auteur plutôt que corrigée en cours de route pour plaire davantage au plus grand nombre.

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Sources

  1. Cop Rock — Wikipedia
  2. 1990’s Weirdest TV Show Was A Musical Crime Drama That Lasted 11 Episodes — SlashFilm
  3. Cop Rock: How ABC Created the Strangest TV Musical Of All Time — Mental Floss
  4. Cop Rock, Steven Bochco: This musical cop show from the 1990s is the weirdest thing you’ll ever see — Slate
  5. “Hill Street Blues” Producer Steven Bochco Dies At 74 — CBS News