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Comment un ordinateur familial a-t-il pu effacer ses propres données rien qu’en s’allumant ?

Lancé en octobre 1983 pour surfer sur l’essor de l’informatique familiale, le Coleco Adam intègre son alimentation électrique dans son imprimante, dont la mise sous tension génère une impulsion électromagnétique capable d’effacer les données de toute cassette laissée à proximité. Ce défaut, combiné à des retards de production et des taux de retour massifs, coûte 258 millions de dollars à Coleco et met fin à ses ambitions informatiques dès 1985.

Pièce n°288Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fabricant de jouets et de la console de jeu ColecoVision, Coleco présente son ordinateur familial Adam dès le salon Consumer Electronics Show de juin 1983, avec une ambition commerciale démesurée : vendre 500 000 exemplaires avant Noël de la même année, en ciblant explicitement, selon sa propre communication, « les garçons de 8 à 16 ans et leurs pères ». L’appareil se présente aussi bien comme un ordinateur autonome que comme un simple module d’extension pour les possesseurs de ColecoVision déjà équipés, l’ensemble étant livré avec 64 kilo-octets de mémoire vive, une imprimante à marguerite, un lecteur de cassettes numériques et un logiciel de traitement de texte. Ces cassettes, baptisées Digital Data Pack, offrent certes un débit de 1,4 kilo-octet par seconde supérieur à celui des cassettes audio classiques, mais restent nettement moins fiables et plus lentes qu’un lecteur de disquettes conventionnel. L’annonce provoque une réaction immédiate de la concurrence, Commodore et Atari dévoilant presque aussitôt leurs propres offres combinées d’ordinateurs et d’imprimantes pour tenter de contrer l’initiative de Coleco.

La décision

Le choix de conception le plus lourd de conséquences réside dans l’intégration de l’intégralité de l’alimentation électrique du système au sein même de l’imprimante plutôt que dans l’unité centrale : sa mise sous tension génère une brève impulsion électromagnétique suffisamment puissante pour effacer purement et simplement le contenu de toute cassette de données laissée à proximité immédiate du lecteur, un risque que certains manuels d’utilisation Coleco aggravent involontairement en conseillant justement d’insérer la cassette avant même d’allumer l’appareil. Pire encore, l’ensemble du système devient totalement inutilisable dès que cette même imprimante tombe en panne ou doit être retirée pour réparation, l’alimentation électrique de tout l’ordinateur en dépendant entièrement.

La chute

Coleco accumule les retards de livraison tout au long de l’automne 1983, repoussant sa date de lancement à quatre reprises successives, tandis que les démonstrations publiques de l’imprimante tournent régulièrement au fiasco technique, alimentant un scepticisme grandissant quant à sa fiabilité, sa vitesse et son niveau sonore. Loin de son objectif initial de 400 000 à 500 000 unités, l’entreprise ne parvient à expédier que 95 000 exemplaires d’ici la fin de l’année, dont une large part s’avère défectueuse : un magasin rapporte que cinq exemplaires sur six vendus lui ont été retournés par des clients mécontents. Les grandes chaînes de distribution Kmart et J.C. Penney finissent par renoncer purement et simplement à commercialiser l’appareil, cette dernière annulant carrément l’intégralité de ses commandes en janvier 1984.

Les conséquences

Moins de 100 000 exemplaires trouvent finalement preneur sur l’ensemble de la commercialisation du produit, un échec commercial qui coûte à Coleco 35 millions de dollars de pertes dès la fin de l’année 1983, puis 13,4 millions supplémentaires sur les neuf premiers mois de 1984, pour un total de 258 millions de dollars de pertes directement attribuées au lancement de l’Adam. Coleco annonce officiellement l’arrêt définitif de la production de l’Adam le 2 janvier 1985, liquidant l’ensemble de ses stocks restants, avant d’abandonner peu après également la production de sa console ColecoVision.

Et depuis ?

Privée de ses ambitions informatiques et durablement affaiblie financièrement par cet échec, Coleco finit par se déclarer en faillite en 1988. Malgré ce naufrage commercial retentissant, l’Adam conserve aujourd’hui une communauté de passionnés qui continuent à développer du matériel et des logiciels pour la machine, organisant chaque année depuis 1989 un rassemblement dédié baptisé AdamCon, preuve que même les échecs commerciaux les plus complets peuvent parfois engendrer un attachement durable chez une poignée d’utilisateurs suffisamment fidèles pour perpétuer, décennie après décennie, la mémoire d’une machine que l’histoire officielle de l’informatique grand public a pourtant depuis longtemps rangée au rayon des occasions manquées.

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Sources

  1. Coleco Adam — Wikipedia
  2. ColecoVision — Wikipedia
  3. Coleco — Wikipedia
  4. Commodore 64 — Wikipedia