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Comment un bloc de gypse sculpté a-t-il fait défiler des milliers de visiteurs dans une ferme new-yorkaise ?

En 1869, un « géant pétrifié » de trois mètres est exhumé dans une ferme de l’État de New York. Des milliers de visiteurs payent pour le voir, jusqu’à ce que son commanditaire, George Hull, avoue en avoir fait sculpter la statue deux ans plus tôt pour tourner en dérision un pasteur.

Pièce n°282Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

En 1868, le vendeur de tabac George Hull, athée convaincu, s’oppose vivement lors d’une visite chez sa sœur dans l’Iowa à un pasteur méthodiste, Henry Turk, qui défend une lecture strictement littérale de la Bible affirmant l’existence passée de géants sur Terre. Plutôt que de poursuivre le débat par les mots, Hull décide de fabriquer une preuve physique destinée à ridiculiser ce littéralisme religieux : il achète un terrain à Fort Dodge, dans l’Iowa, et y fait extraire un bloc de gypse de près de 3,7 mètres de long, qu’il fait ensuite transporter jusqu’à Chicago.

La décision

À Chicago, Hull engage en secret le tailleur de pierre allemand Edward Burghardt pour sculpter le bloc à l’effigie d’un homme géant pétrifié, puis fait vieillir artificiellement la statue à l’aide de teintures et d’acides, perçant sa surface d’aiguilles à repriser pour simuler des pores de peau réalistes. En novembre 1868, la statue achevée est acheminée de nuit jusqu’à la ferme de son cousin William Newell, dans l’État de New York, où elle est enterrée dans un profond trou creusé spécifiquement à cet effet, dans l’attente d’être « redécouverte » l’année suivante.

La chute

Le 16 octobre 1869, des ouvriers engagés par Newell pour creuser un puits mettent au jour la statue de trois mètres de haut, aussitôt présentée comme un géant humain pétrifié. La nouvelle se répand rapidement et des milliers de visiteurs affluent vers la ferme, payant chacun cinquante cents pour contempler la découverte, un tarif rapidement doublé face à l’affluence considérable. L’impresario P.T. Barnum, flairant une opportunité commerciale, propose 50 000 dollars pour racheter la statue ; essuyant un refus, il fait fabriquer en secret sa propre copie du géant, qu’il expose à New York en affirmant qu’il s’agit du véritable original et que celui exposé à la ferme n’en est qu’une copie. Dès le 25 novembre 1869, soit plusieurs semaines avant l’aveu public de Hull, le paléontologue de Yale Othniel C. Marsh examine la statue et la qualifie sans détour de « fumisterie des plus caractérisées », observant que le gypse utilisé ne pouvait raisonnablement conserver des traces d’outils aussi nettes après des siècles passés sous terre — un avis partagé par plusieurs autres scientifiques consultés à la même période, mais que la presse populaire et le public enthousiaste continuent alors très largement d’ignorer.

Les conséquences

Le propriétaire du géant original, le banquier David Hannum, engage alors des poursuites judiciaires contre Barnum pour l’avoir traité de faussaire. Le 10 décembre 1869, George Hull met brutalement fin à la controverse en avouant publiquement à la presse avoir lui-même orchestré l’intégralité du canular depuis le début. Le 2 février 1870, le tribunal saisi de l’affaire rend un jugement resté célèbre : puisque les deux statues sont déjà officiellement reconnues comme des faux, Barnum ne saurait être poursuivi pour avoir qualifié de faux un objet qui en est effectivement un, la plainte de Hannum étant purement et simplement rejetée.

Et depuis ?

C’est précisément à cette controverse judiciaire qu’est traditionnellement rattachée la phrase « il naît un gogo à chaque minute », généralement attribuée à tort à Barnum lui-même mais que plusieurs historiens font en réalité remonter à une remarque ironique de David Hannum au sujet des visiteurs crédules venus admirer la fausse copie de Barnum. Le Géant de Cardiff original, retiré de la circulation commerciale après l’aveu de Hull, est aujourd’hui exposé au Farmers’ Museum de Cooperstown, dans l’État de New York, où il continue d’être présenté non plus comme une relique archéologique mais comme un témoignage historique de la crédulité collective américaine du XIXe siècle face aux canulars scientifiques et religieux les mieux mis en scène.

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Sources

  1. Cardiff Giant — Wikipedia
  2. The Cardiff Giant Was Just a Big Hoax — Smithsonian Magazine
  3. The Cardiff Giant Fools the Nation, 145 Years Ago — History.com
  4. The Cardiff Giant (1869) — The Museum of Hoaxes
  5. Quote Origin: There’s a Sucker Born Every Minute — Quote Investigator