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Comment de fausses empreintes sculptées dans du bois ont-elles pu donner naissance au mythe du Bigfoot ?

En 1958, l’opérateur de bulldozer Jerry Crew découvre en Californie de larges empreintes de pas qui donnent son nom au Bigfoot après leur relais par la presse locale. En 2002, à la mort de son collègue Ray Wallace, la famille de ce dernier révèle avoir retrouvé de grands pieds en bois sculpté dans son sous-sol, confirmant que ces empreintes fondatrices avaient été délibérément fabriquées, sans que cette révélation ne mette fin à la légende désormais bien installée.

Pièce n°268Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

En 1958, Jerry Crew, opérateur de bulldozer employé par une entreprise d’exploitation forestière dans le comté de Humboldt, en Californie, découvre dans la forêt nationale de Six Rivers une série de larges empreintes de pas ressemblant à des traces humaines, mesurant environ quarante centimètres de long, imprimées dans la boue d’un chantier forestier. Ses collègues, qui rapportent également avoir observé des traces similaires et vécu divers incidents étranges sur d’autres chantiers, commencent à surnommer plaisamment l’auteur supposé de ces empreintes « Bigfoot », le grand pied.

La décision

D’abord persuadé qu’il s’agit d’une simple plaisanterie orchestrée par l’un de ses collègues, Crew finit par contacter le journaliste Andrew Genzoli, du quotidien local Humboldt Times, qui interroge plusieurs bûcherons témoins des faits avant de publier une série d’articles popularisant durablement le nom de « Bigfoot » pour désigner à la fois la créature supposée et le phénomène tout entier. Un moulage en plâtre de l’une des empreintes est réalisé, et le 6 octobre 1958, Crew apparaît en une du journal, tenant fièrement ce moulage entre ses mains, une image qui déclenche une couverture médiatique nationale relayée jusque dans le New York Times et le Los Angeles Times.

La chute

L’affaire ne trouve son épilogue qu’en 2002, à la mort de Ray Wallace, l’un des collègues de Crew sur ce même chantier forestier. Sa famille révèle alors avoir découvert dans son sous-sol une collection de grands pieds sculptés dans le bois, confirmant que Wallace avait lui-même fabriqué de toutes pièces les empreintes découvertes par Crew en 1958. Selon les explications données par ses proches, Wallace se serait procuré cette paire de faux pieds en bois auprès d’un dénommé Rant Mullens, originaire de Toledo dans l’État de Washington et lui-même auteur d’autres canulars similaires, dans le seul but initial de dissuader d’éventuels voleurs de matériel de s’approcher du chantier.

Les conséquences

Cette révélation tardive intervient plus de quarante ans après les faits, bien après que le mythe du Bigfoot se soit solidement enraciné dans la culture populaire américaine, nourri entre-temps par d’autres témoignages et documents contestés, dont le tristement célèbre film tourné par Roger Patterson et Robert Gimlin en 1967, présenté comme la preuve filmée d’une rencontre directe avec la créature. Les experts académiques ayant analysé ce film concluent presque unanimement qu’il s’agit également, très probablement, d’un canular, sans toutefois parvenir à en établir la preuve définitive avec la même certitude que pour les empreintes originelles de Wallace. Plusieurs personnes revendiqueront après coup avoir contribué à cette possible mise en scène, dont un vendeur de costumes de cinéma affirmant en 2002 avoir fourni à Patterson un costume de gorille modifié sur mesure, et un ancien cavalier de rodéo dénommé Bob Heironimus, qui prétendra dès 1999 avoir lui-même porté ce costume improvisé, affirmant être resté silencieux pendant trente-sept ans par crainte de poursuites judiciaires pour fraude.

Et depuis ?

Le nom de Bigfoot, né d’une simple plaisanterie de chantier forestier transformée en fait divers national par voie de presse, continue aujourd’hui d’alimenter un pan entier du folklore américain, avec ses propres musées, ses associations de recherche spécialisées et son tourisme local florissant dans plusieurs régions boisées des États-Unis. L’épisode demeure un cas d’école fréquemment cité pour illustrer combien une plaisanterie locale, une fois relayée sans vérification suffisante par la presse, peut engendrer une légende culturelle durable, capable de survivre plusieurs décennies à la révélation publique et documentée de sa propre origine frauduleuse, et même d’y résister durablement dans l’imaginaire collectif malgré l’absence persistante de toute preuve scientifique tangible venant étayer l’existence réelle de la créature elle-même.

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Sources

  1. Bigfoot — Wikipedia
  2. Patterson–Gimlin film — Wikipedia