Comment un dirigeable militaire a-t-il pu faire deux fois plus de morts que le Hindenburg sans en garder la même notoriété ?
Le 4 avril 1933, le dirigeable rigide USS Akron de la marine américaine, premier porte-avions volant de l’histoire, s’abat au large du New Jersey lors d’une violente tempête, tuant 73 des 76 personnes à bord, dont l’amiral William Moffett, principal artisan du programme américain de dirigeables. Ce naufrage aérien, deux fois plus meurtrier que celui du Hindenburg quatre ans plus tard, reste pourtant nettement moins connu du grand public.
Le contexte
Construit par la Goodyear-Zeppelin Corporation à Akron, dans l’Ohio, à partir d’octobre 1929, l’USS Akron entre en service au sein de la marine américaine le 27 octobre 1931. Long de 239 mètres et doté d’un volume de près de 184 000 mètres cubes, ce dirigeable rigide gonflé à l’hélium constitue alors le tout premier porte-avions volant de l’histoire, capable de larguer et de récupérer en plein vol jusqu’à cinq chasseurs Curtiss F9C Sparrowhawk grâce à un système de trapèze accroché révolutionnaire pour l’époque. Lancé le 8 août 1931 et baptisé par la première dame Lou Henry Hoover, l’appareil est alors salué comme l’une des plus grandes prouesses aéronautiques jamais construites, incarnant à lui seul les ambitions stratégiques de la marine américaine en matière de reconnaissance aérienne longue distance.
La décision
Le 4 avril 1933, l’Akron quitte la base de Lakehurst, dans le New Jersey, pour une mission de routine de calibrage de stations radio de radiogoniométrie le long de la côte de la Nouvelle- Angleterre. Le dirigeable se retrouve pris au piège de l’une des tempêtes les plus violentes à avoir frappé les États côtiers de l’Atlantique Nord depuis dix ans, l’appareil descendant de façon incontrôlable au milieu d’éclairs, de fortes pluies et de turbulences extrêmes, jusqu’à ce que son empennage inférieur heurte directement la surface de l’océan.
La chute
L’eau s’engouffre alors massivement dans la structure du dirigeable, qui est brièvement traîné sous la surface avant de caler puis de sombrer rapidement au large du New Jersey. Sur les 76 personnes présentes à bord, 73 périssent, dont le contre-amiral William A. Moffett, chef du bureau aéronautique de la marine américaine et principal artisan du développement du programme de dirigeables rigides au sein de l’institution militaire. Seuls trois survivants, dont le lieutenant- commandant Herbert V. Wiley, sont finalement récupérés par le navire marchand allemand Phoebus, un bilan aussi lourd s’expliquant en grande partie par l’absence de gilets de sauvetage individuels pour l’équipage malgré un vol effectué au-dessus de l’océan, et par le temps insuffisant pour déployer le seul radeau de sauvetage disponible à bord.
Les conséquences
Le président Franklin D. Roosevelt réagit publiquement en déclarant que « la nation ne peut guère se permettre de perdre des hommes tels que le contre-amiral William A. Moffett », dont la disparition prive d’emblée le programme américain de dirigeables rigides de son principal défenseur institutionnel au sein même de la marine. Le dirigeable jumeau de l’Akron, l’USS Macon, est équipé dans la foulée de gilets de sauvetage et d’autres améliorations de sécurité directement inspirées de cette catastrophe : lorsqu’il est à son tour endommagé par une tempête en 1935, 70 des 72 membres de son équipage survivent, un contraste saisissant qui illustre directement les leçons tirées du naufrage de l’Akron deux ans plus tôt.
Et depuis ?
Avec 73 morts, le naufrage de l’USS Akron demeure aujourd’hui la catastrophe aérienne la plus meurtrière de toute l’histoire des dirigeables, devançant très largement le bilan de 36 morts de la catastrophe du Hindenburg survenue quatre ans plus tard, dont l’image spectaculairement filmée en flammes a pourtant durablement éclipsé, dans la mémoire collective occidentale, ce précédent militaire américain bien plus meurtrier mais dépourvu du même document visuel saisissant. La perte de l’Akron marque, avec le recul, le véritable début du déclin du programme américain de dirigeables rigides au sein de la marine, un déclin qui s’achèvera définitivement avec la perte de l’USS Macon elle-même quelques années plus tard, mettant un terme complet à l’expérience américaine des grands dirigeables rigides militaires, jugés désormais trop vulnérables aux caprices du climat atlantique pour justifier leur coût de construction et d’entretien considérable.
Trois ans plus tôt, le dirigeable britannique R101 s’était déjà écrasé dans des circonstances tout aussi funestes ; le Hindenburg, quatre ans après l’Akron, restera pourtant le seul de ces trois désastres à marquer durablement la mémoire collective.
Sources
- USS Akron (ZRS-4) — Wikipedia
- USS Macon — Wikipedia
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