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Comment un économiste écossais a-t-il convaincu la France de fonder sa monnaie sur les marécages du Mississippi ?

Nommé contrôleur général des finances de France, l’économiste écossais John Law fusionne une compagnie commerciale coloniale avec la banque d’émission et la collecte des impôts du royaume. Les actions de sa Compagnie des Indes passent de 500 à 10 000 livres en quelques mois avant de s’effondrer fin 1720, ruinant des milliers d’actionnaires et forçant Law à fuir la France pour de bon.

Pièce n°427Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Économiste écossais réfugié en France après avoir tué un homme en duel dans son pays natal, John Law convainc le régent Philippe d’Orléans, confronté à un endettement colossal hérité du règne de Louis XIV, d’adopter une théorie monétaire radicale : émettre une monnaie de papier adossée non pas à des réserves d’or, mais à la valeur future d’une compagnie commerciale détenant le monopole du commerce colonial. Nommé contrôleur général des finances, Law obtient en août 1717 la charte de sa Compagnie d’Occident, à laquelle est concédée l’intégralité de la Louisiane à perpétuité ainsi que le monopole du commerce des fourrures de castor canadien.

La décision

Law orchestre dès mai 1719 une série de rachats et de fusions absorbant l’ancienne Compagnie des Indes orientales, alors en faillite depuis longtemps, ainsi que la Compagnie de Chine, le tout rebaptisé Compagnie des Indes. L’entité résultante accumule bientôt le privilège du commerce avec l’Afrique du Nord, le droit d’exploiter l’ensemble des hôtels des monnaies royaux pendant neuf ans et, plus significatif encore, le droit de percevoir pour le compte de l’État la quasi-totalité des impôts indirects du royaume, fusionnant ainsi de façon inédite une entreprise commerciale privée avec l’appareil fiscal et monétaire de l’État français tout entier.

La chute

L’action de la compagnie, émise à 500 livres, s’envole en l’espace de quelques semaines à peine : 750 livres le 17 juin 1719, 1 000 livres le 21 juillet, 2 000 livres la semaine suivante, puis 3 000 livres dès le 17 août, avant d’atteindre un pic vertigineux de 10 000 livres, portant la valorisation totale de l’entreprise à l’équivalent actuel d’environ 6 500 milliards de dollars, ce qui en aurait fait la deuxième entreprise la plus valorisée de toute l’histoire après la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les actions s’échangent en plein air rue Quincampoix à Paris, où se pressent chaque jour des foules spéculatives de toutes conditions sociales, l’euphorie ambiante popularisant jusqu’au mot même de « millionnaire » pour désigner ces nouveaux riches enrichis en quelques semaines à peine. Pour peupler la lointaine Louisiane vantée par la compagnie, Law encourage l’émigration de colons alsaciens et suisses germanophones, tandis que des prisonniers parisiens y sont directement déportés à partir de septembre 1719. Mais la création monétaire massive nécessaire pour soutenir cette valorisation déclenche une inflation atteignant 23 % par mois dès janvier 1720 : la confiance s’effondre, le cours retombe à 2 000 livres dès septembre 1720 puis à 1 000 livres en décembre, revenant à son niveau de départ de 500 livres dès septembre 1721.

Les conséquences

Philippe d’Orléans démet Law de ses fonctions à la fin de l’année 1720, le contraignant à fuir la France pour Bruxelles puis Venise, où il termine sa vie en subsistant grâce au jeu, avant d’être inhumé dans l’église San Moisè. La Compagnie des Indes est placée sous administration judiciaire dès avril 1721, l’État français lui versant une indemnité de 514 millions de livres dans le cadre de sa restructuration, avant qu’elle ne poursuive une activité commerciale nettement réduite jusqu’à sa liquidation définitive en 1770.

Et depuis ?

L’épisode reste connu sous le nom de « Système de Law », popularisant durablement l’expression française encore utilisée aujourd’hui pour désigner un montage financier reposant essentiellement sur la confiance et la spéculation plutôt que sur une valeur économique tangible. Survenu quasiment au même moment que la bulle spéculative comparable de la Compagnie de la mer du Sud en Angleterre, le Système de Law demeure aujourd’hui l’un des cas d’école les plus fréquemment cités en histoire économique pour illustrer les dangers d’une confusion entre la création monétaire d’un État souverain et la valorisation boursière d’une entreprise privée, aussi prometteuse paraisse-t-elle sur le moment aux yeux de ses innombrables actionnaires.

Près d’un siècle plus tôt, la tulipomanie hollandaise avait déjà montré qu’une spéculation sans lien avec la valeur réelle d’un bien pouvait s’emballer tout aussi vite, sur un objet bien plus modeste qu’une compagnie coloniale.

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Sources

  1. Mississippi Company — Wikipedia
  2. John Law (economist) — Wikipedia
  3. South Sea Bubble — Wikipedia
  4. Philippe II, Duke of Orléans — Wikipedia