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Comment le naufrage d’un navire chargé d’or a-t-il pu déclencher une crise financière avant de ruiner ses propres sauveteurs ?

Le 12 septembre 1857, le SS Central America sombre dans un ouragan au large des Carolines, emportant 425 vies et environ dix tonnes d’or de la ruée vers l’or californienne, une perte qui aggrave directement la panique financière de 1857 à New York. Retrouvée en 1988 par le chasseur de trésors Tommy Thompson, l’épave livre pour 100 à 150 millions de dollars d’or, mais Thompson finit fugitif puis emprisonné pour avoir refusé de reverser leur part aux investisseurs ayant financé les recherches.

Pièce n°424Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Le 3 septembre 1857, le vapeur à roues à aubes SS Central America quitte Colón, au Panama, à destination de New York, transportant 477 passagers, 101 membres d’équipage et environ dix tonnes courtes d’or extrait des mines californiennes en pleine ruée vers l’or, pour une valeur estimée à huit millions de dollars de l’époque, soit environ 2,4 milliards de dollars actuels. Commandé par le capitaine William Lewis Herndon, le navire assure alors l’une des liaisons les plus stratégiques de l’économie américaine, celle qui achemine régulièrement vers la côte Est américaine l’or fraîchement extrait, destiné à alimenter les réserves déjà fragiles des grandes banques commerciales de New York.

La décision

Le 9 septembre, un ouragan de catégorie 2, avec des vents atteignant 170 kilomètres par heure, surprend le navire au large des côtes de Caroline. Pendant deux jours, la tempête déchire les voiles, inonde les compartiments et endommage le joint d’étanchéité de l’arbre des roues à aubes, jusqu’à ce que la chaudière tombe en panne le 11 septembre, immobilisant à la fois les pompes de cale et la propulsion du navire. L’équipage hisse un drapeau inversé pour appeler à l’aide, sans qu’aucun secours ne parvienne à temps sur zone.

La chute

Le 12 septembre, cent passagers sont transférés vers le brick Marine venu porter secours, mais le navire désormais privé de toute propulsion dérive dans la seconde moitié de la tempête et sombre à vingt heures ce même soir, emportant 425 vies, dont celle du capitaine Herndon resté à son poste jusqu’au bout, un dévouement qui vaudra plus tard à sa mémoire l’honneur de voir son nom donné à deux navires successifs de la marine américaine. Une barque norvégienne parvient à recueillir cinquante survivants supplémentaires, et trois autres seront récupérés une semaine plus tard. La disparition soudaine de cette quantité considérable d’or, alors cruellement attendue par les banques new-yorkaises déjà fragilisées, contribue directement à aggraver la panique financière de 1857, l’une des premières crises bancaires d’ampleur nationale de l’histoire américaine.

Les conséquences

Il faut attendre 1988 pour que le chasseur de trésors Tommy Thompson, s’appuyant sur des méthodes statistiques de recherche bayésienne alors novatrices, localise enfin l’épave et entreprenne son exploration à l’aide de véhicules télécommandés, remontant pour une valeur estimée entre 100 et 150 millions de dollars d’or, un seul lingot de 36 kilogrammes s’étant à lui seul vendu 8 millions de dollars, un record mondial pour une pièce d’or à l’époque. Après avoir obtenu gain de cause face à trente-neuf compagnies d’assurance revendiquant leurs droits sur le trésor, Thompson se retrouve poursuivi dès 2005 par plusieurs investisseurs ayant financé l’expédition à hauteur de 12,5 millions de dollars, qui l’accusent de ne jamais leur avoir reversé leur part convenue des bénéfices.

Et depuis ?

Thompson choisit de se rendre fugitif dès 2012 plutôt que de rendre compte de la gestion des bénéfices tirés du trésor, avant d’être finalement arrêté par les marshals fédéraux en janvier 2015. Un jury lui accorde en 2018 la responsabilité de verser 19,4 millions de dollars de dommages et intérêts à ses anciens investisseurs floués, Thompson purgeant finalement plus d’une décennie de détention avant sa libération le 4 mars 2026, à l’âge de soixante-treize ans. L’histoire du SS Central America demeure ainsi doublement exemplaire : celle d’un naufrage historique aux répercussions financières bien réelles au XIXe siècle, suivie plus d’un siècle plus tard d’un second scandale, purement humain celui-là, où l’appât du gain a fini par corrompre jusqu’à ceux qui avaient pourtant réussi l’exploit technique remarquable de localiser puis de remonter, à plusieurs kilomètres de profondeur, un trésor englouti depuis plus d’un siècle.

Le naufrage du Titanic, un demi-siècle plus tard, rappellera qu’un navire réputé sûr peut sombrer tout aussi vite qu’un vapeur pris dans un ouragan ; le lundi noir de 1987 montrera qu’une perte financière soudaine peut ébranler les marchés bien plus vite qu’au XIXe siècle.

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Sources

  1. SS Central America — Wikipedia
  2. Panic of 1857 — Wikipedia