Comment le premier vrai flop de l’histoire de Star Wars a-t-il pu coûter jusqu’à 77 millions de dollars ?
Après avoir limogé ses réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller aux trois quarts du tournage pour les remplacer par Ron Howard, contraint de retourner environ 70 % du film, Disney sort en 2018 Solo: A Star Wars Story. Le film réalise le pire démarrage de toute la saga depuis 2002 et ne rapporte que 393 millions de dollars dans le monde pour un coût total avoisinant les 300 millions de dollars, se soldant par une perte estimée jusqu’à 77 millions de dollars.
Le contexte
Engagés dès juillet 2015 pour réaliser ce spin-off consacré à la jeunesse de Han Solo, les réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller, connus pour leur registre résolument comique, entrent rapidement en conflit avec la productrice Kathleen Kennedy et le scénariste Lawrence Kasdan sur la tonalité générale du film, ces derniers ne souhaitant intégrer l’humour que par petites touches plutôt qu’en registre dominant. Les deux réalisateurs, habitués à encourager une large part d’improvisation sur leurs plateaux, se heurtent également à une exigence de fidélité stricte au scénario, la présence permanente de Kasdan sur le tournage leur donnant le sentiment d’évoluer sous la tutelle constante d’un véritable réalisateur de l’ombre.
La décision
Lucasfilm limoge purement et simplement Lord et Miller le 20 juin 2017, alors que le tournage principal est déjà achevé à environ 70 %, et les remplace deux jours plus tard par le réalisateur chevronné Ron Howard. Ce dernier doit alors retourner près de 70 % du film durant les semaines de tournage restantes puis lors de cinq semaines supplémentaires de reshoots, allant jusqu’à devoir redistribuer le rôle du principal antagoniste, l’acteur Michael K. Williams, initialement prévu pour incarner Dryden Vos, ne pouvant finalement pas se rendre disponible pour ces reprises de tournage et étant remplacé par Paul Bettany, dont le personnage est alors entièrement redessiné.
La chute
Sorti le 25 mai 2018, Solo réalise le week-end de lancement le plus faible de toute la saga Star Wars depuis L’Attaque des clones en 2002, une performance largement attribuée à une forme de lassitude du public après quatre films de la franchise sortis en seulement vingt-neuf mois, ainsi qu’à une certaine réserve persistante d’une partie des fans après l’accueil contrasté des Derniers Jedi. Le film doit générer environ 600 millions de dollars de recettes mondiales pour simplement atteindre son seuil de rentabilité, mais ne rapporte finalement que 393,2 millions de dollars pour un coût total avoisinant les 300 millions de dollars, entraînant, selon les estimations de Deadline Hollywood publiées en avril 2019, une perte nette d’environ 76,9 millions de dollars pour Disney, le tout premier film de la saga à essuyer une perte financière aussi nette, une évaluation ultérieure du magazine Forbes situant en 2024 la perte réelle avant impôts autour de 65 millions de dollars.
Les conséquences
L’accueil critique reste pourtant globalement favorable, avec 69 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes et une note de 62 sur 100 sur Metacritic, la prestation de Donald Glover dans le rôle de Lando Calrissian étant particulièrement saluée, tandis qu’Harrison Ford lui-même verra le film à deux reprises et se montrera élogieux envers la performance d’Alden Ehrenreich. Le succès critique ne suffit toutefois pas à compenser l’échec commercial, Lucasfilm annonçant dès juin 2018 la mise en pause de l’ensemble de ses projets de films dérivés de type anthologie, bien que le studio dément alors formellement toute annulation définitive, évoquant plusieurs projets non annoncés encore en développement.
Et depuis ?
Le président de Disney, Bob Iger, confirmera finalement que la production de nouveaux films Star Wars marquerait une pause après la sortie de L’Ascension de Skywalker fin 2019, sans qu’aucune suite à Solo ne soit jamais officiellement annulée dans l’immédiat. Ron Howard lui-même reconnaîtra dès décembre 2022 que Lucasfilm n’avait « aucun projet de suite » pour le personnage. Une série consacrée à Lando Calrissian est bien annoncée pour Disney+ en décembre 2020, mais le projet, redirigé ensuite vers un format de long-métrage, reste depuis au point mort après la grève des scénaristes de 2023. L’échec commercial de Solo demeure aujourd’hui le premier exemple concret cité pour illustrer les limites de la stratégie de sortie annuelle intensive adoptée par Disney après le rachat de Lucasfilm.
Sources
- Solo: A Star Wars Story — Wikipedia
- Lucasfilm — Wikipedia
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