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Comment 42 milliards de dollars ont-ils pu être retirés d’une banque en une seule journée ?

En mars 2023, la Silicon Valley Bank annonce une perte de 1,8 milliard de dollars liée à ses obligations d’État dévaluées par la hausse des taux d’intérêt. La panique, amplifiée par les réseaux sociaux et les investisseurs en capital-risque, provoque le retrait de 42 milliards de dollars en une seule journée, forçant sa mise sous tutelle par les autorités fédérales.

Pièce n°416Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Avec 209 milliards de dollars d’actifs déclarés lors de son dernier bilan au 31 décembre 2022, la Silicon Valley Bank constitue à l’époque de sa chute la troisième plus importante faillite bancaire de toute l’histoire américaine, la plus vaste depuis la crise financière de 2008. Pendant la pandémie de Covid-19, la Silicon Valley Bank, principale banque de référence des start-ups technologiques et des fonds de capital-risque américains, voit ses dépôts affluer considérablement et choisit de placer une large partie de ces liquidités dans des obligations d’État américaines à long terme, alors considérées comme des actifs particulièrement sûrs. Lorsque la Réserve fédérale américaine relève massivement ses taux d’intérêt tout au long de 2022 pour lutter contre l’inflation, la valeur de marché de ces obligations à long terme chute mécaniquement, la banque accumulant fin 2022 plus de 15 milliards de dollars de pertes latentes sur un portefeuille total de 91,3 milliards de dollars détenu jusqu’à échéance.

La décision

Le 8 mars 2023, la banque annonce avoir vendu pour plus de 21 milliards de dollars de ses investissements, emprunté 15 milliards supplémentaires, et organise dans l’urgence une levée de capital de 2,25 milliards de dollars, la vente forcée de ses titres disponibles à la vente se soldant par une perte immédiatement réalisée de 1,8 milliard de dollars. Le lendemain même de cette annonce, le directeur général Greg Becker avait pourtant, quelques jours plus tôt le 27 février, vendu pour sa part personnelle des actions de l’entreprise pour 3,6 millions de dollars via un plan de cession automatisé, une opération légale mais dont la coïncidence temporelle suscite depuis une vive controverse publique.

La chute

Plusieurs investisseurs en capital-risque influents, dont des fonds proches de Peter Thiel, recommandent ouvertement à leurs entreprises en portefeuille de retirer sans délai leurs dépôts de la banque, une panique rapidement amplifiée par les réseaux sociaux à une vitesse inédite pour ce type de crise bancaire. Le 9 mars 2023, les clients retirent au total 42 milliards de dollars en une seule journée, laissant la banque avec un solde de trésorerie négatif d’environ 958 millions de dollars dès la clôture de cette même journée, une situation d’insolvabilité immédiate rendant toute poursuite normale de l’activité bancaire impossible.

Les conséquences

Le 10 mars 2023, les autorités bancaires californiennes ferment officiellement l’établissement pour liquidités insuffisantes et insolvabilité avérée, le plaçant sous tutelle de l’agence fédérale de garantie des dépôts. Deux jours plus tard, Signature Bank, une autre banque régionale américaine, est également fermée par les autorités new-yorkaises dans un contexte de contagion bancaire généralisée. Face au risque systémique que ces deux faillites simultanées font peser sur l’ensemble du secteur bancaire régional américain, le Trésor accorde à l’agence fédérale une autorité exceptionnelle lui permettant de garantir l’intégralité des dépôts, y compris ceux dépassant le plafond de garantie habituel, sans recourir à l’argent des contribuables.

La contagion se poursuit d’ailleurs au-delà de ces deux premières faillites : la banque First Republic, confrontée à une fuite de dépôts d’environ 104,5 milliards de dollars dans le sillage direct de la crise de la Silicon Valley Bank, est à son tour déclarée insolvable et rachetée en urgence par JPMorgan Chase le 1er mai 2023, pour un montant de 10,6 milliards de dollars versés à l’agence fédérale de garantie des dépôts.

Et depuis ?

L’effondrement de la Silicon Valley Bank reste depuis un cas d’école régulièrement cité en gestion des risques bancaires pour illustrer la vitesse radicalement nouvelle à laquelle une panique de retraits peut désormais se propager à l’ère des réseaux sociaux et des transferts bancaires instantanés, comparée aux files d’attente physiques devant les guichets qui caractérisaient traditionnellement les crises bancaires historiques antérieures. L’épisode relance depuis un débat réglementaire soutenu sur l’adéquation des exigences de liquidité et de gestion des risques de taux d’intérêt imposées aux banques régionales américaines de taille intermédiaire, jusqu’alors soumises à une supervision jugée nettement moins stricte que celle appliquée aux plus grands établissements bancaires du pays.

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Sources

  1. Collapse of Silicon Valley Bank — Wikipedia
  2. Federal Deposit Insurance Corporation — Wikipedia
  3. Signature Bank — Wikipedia
  4. Peter Thiel — Wikipedia
  5. Federal Reserve — Wikipedia